À l’occasion de l’audience solennelle du 16 octobre 2025, tenue au Palais de justice de Libreville, le Procureur général près la Cour d’appel judiciaire, Dr Eddy Narcisse Minang, a marqué les esprits. Son discours, rigoureux et éclairant, a posé une distinction nette entre la critique légitime et l’attaque destructrice contre l’institution judiciaire.
Comme le prévoit l’article 5 de la loi organique n°008/2019, un discours juridique devait accompagner cette audience officielle. Le choix du thème » la critique des magistrats et de la justice » ne doit rien au hasard.
À l’heure où la parole publique se libère parfois au détriment de la nuance, Dr Minang a recentré le débat sur le droit, la responsabilité et l’éthique. S’appuyant sur D’Alembert, il a rappelé une distinction essentielle « Si la critique est juste et pleine d’égards, vous lui devez des remerciements ; si elle est juste sans égards, de la déférence ; si elle est outrageante et injuste, le silence ou l’oubli. »
Dans le contexte postélectoral du 27 septembre, plusieurs magistrats ont été mis en cause. Pourtant, sur les 49 présidents de commissions électorales issus de la magistrature, moins de cinq ont fait l’objet de dénonciations. Dès lors, pourquoi jeter l’opprobre sur tout un corps ?
Cette généralisation injuste, a averti le procureur général, mine la confiance envers une institution clé de l’État de droit. Il a rappelé que la liberté d’expression n’est pas un permis de diffamer, et qu’elle reste encadrée par la loi, tant au Gabon que dans les grandes démocraties.
Il a notamment évoqué l’article 181 de l’ancien Code pénal gabonais, qui réprimait le discrédit public jeté sur les décisions de justice. Bien que cette disposition ait été abrogée, son esprit demeure. Protéger l’autorité judiciaire contre la désinformation et les dérives.
Au-delà du droit, son propos portait un message fondamental, saper la confiance dans la justice, c’est fragiliser la démocratie. Le juge n’est pas un acteur politique. Il est arbitre, garant des droits, et tranche selon la loi.
En conclusion, Dr Minang n’a pas défendu une corporation, mais une vision de la justice ouverte à la critique, fermée à l’injure ; à l’écoute, mais insensible à la provocation.
Il a lancé un appel fort, critiquons, oui, mais avec rigueur et respect. La justice n’est pas au-dessus des citoyens, mais elle mérite leur considération.
En conjuguant droit, philosophie et actualité, Dr Eddy Narcisse Minang a livré un plaidoyer pour une justice respectée, indépendante et responsable.
Un message limpide, quand la critique est noble, elle éclaire ; quand elle déraille, elle détruit.
Ethan De Sillon
