Warren Loundou a quinze ans. Quinze années à peine, et déjà l’expérience brutale du corps qui tombe, qui heurte le sol sous le poids des coups. Un règlement de comptes dérisoire, né de jalousies adolescentes et devenu viral sur les réseaux sociaux, a conduit ce mercredi à la détention de deux mineurs, identifiés comme les principaux agresseurs de ce lycéen passé à tabac par d’anciens camarades.
Sur les sept adolescents interpellés, cinq seront jugés, deux ont été relâchés, dont une jeune fille prénommée Victoire, ironie cruelle d’un prénom face à la défaite morale qu’incarne cette affaire. Trois autres suspects doivent encore être entendus, la procédure ayant été interrompue par une coupure d’électricité, comme si même le courant refusait de circuler dans ce dossier saturé d’incompréhension.
Depuis Rome, le président de la République a réagi avec solennité, dénonçant « la recrudescence des violences scolaires » et appelant à la « tolérance zéro ». Des mots forts, au sens révélateur d’une volonté de freiner l’hémorragie
L’école, censée instruire et émanciper, devient trop souvent le théâtre d’humiliations et de vengeances. Ce lieu de savoir se fissure sous le poids des frustrations sociales, du désenchantement collectif, d’une jeunesse qui doute de l’avenir qu’on lui promet.
On évoque la perte d’autorité des enseignants, les réseaux sociaux, les familles démissionnaires. On distribue les responsabilités comme des cartes dans un jeu sans gagnant. Mais il faut peut-être regarder plus loin, vers ce vide symbolique où la violence devient, pour certains adolescents, la seule manière d’exister, d’être vus, d’être craints.
Deux d’entre eux dorment désormais en prison. C’est une sanction, certes, mais aussi l’échec d’un encadrement, d’une écoute, d’un lien social qui s’est peu à peu défait. Car derrière chaque poing qui frappe, il y a souvent un silence qu’on n’a pas su entendre.
Dans plusieurs établissements, le silence pèse, les rires se font rares, les regards plus graves. Et pourtant, malgré la peur, des professeurs continuent d’enseigner, des élèves d’apprendre, des parents de croire que l’école peut encore sauver.
Car si elle est aujourd’hui fissurée, elle n’est pas brisée. Elle reste le dernier lieu où la République peut encore réparer ses enfants à condition d’écouter ce qu’ils ont à dire, avant qu’ils ne crient.
Edouard Dure
