À la lisière de la forêt Ayo, là où le silence n’est troublé que par le bruissement des feuilles, un cri a défié la mort. Celui d’un nourrisson abandonné, fragile et sans défense, dont la survie tient à quelques instants de lucidité humaine.
Il est environ 17 heures ce dimanche. Des enfants du quartier, venus chercher de l’eau, perçoivent des pleurs inhabituels. Le son vient des profondeurs de la forêt. Intrigués, inquiets, ils alertent un passant, M. NNF, haut fonctionnaire de passage au PK 13. En s’approchant, l’homme découvre l’impensable : un bébé de trois à quatre semaines, enveloppé d’un drap blanc, posé dans un panier, livré à l’ombre et à l’oubli.
Face à cette scène, il n’y a ni hésitation ni calcul. L’homme agit. L’enfant est aussitôt pris dans ses bras. Commence alors une errance éprouvante, faite de portes entrouvertes et de refus silencieux. Au poste de police du PK 13, on oriente le nourrisson vers un centre d’accueil saturé. Aucune place. Aucun berceau libre.
Mais l’abandon n’aura pas le dernier mot. Refusant de déposer ce fardeau d’innocence, le sauveteur poursuit sa route. Direction l’hôpital d’instruction des armées Omar-Bongo-Ondimba, au PK 9. Là, enfin, la chaîne humaine se referme. Les soignants prennent le relais. Les gestes sont précis, urgents, salvateurs. Le bébé est stabilisé. Il est vivant.
Des témoins évoquent la présence, un peu plus tôt, d’un jeune couple aperçu dans les environs, arrivant avec un nourrisson avant de repartir sans lui. Des silhouettes désormais au cœur d’une enquête ouverte pour comprendre l’incompréhensible.
Ce dimanche au PK 13, la forêt Ayo a failli devenir un tombeau. Elle restera finalement le théâtre d’un sursaut de conscience. Grâce à l’attention d’enfants et au courage d’un homme, une vie a été arrachée au silence. Une vie qui, malgré l’abandon, a choisi de continuer.
Ethan De Sillon
