La chaîne d’information continue TV SAT / Télé Africa a définitivement cessé d’émettre. Ce qui devait être une restructuration s’est mué en fermeture brutale. Derrière l’écran noir, des dizaines de salariés abandonnés à leur sort.
La fin est tombée sans surprise, mais avec violence. Télé Africa n’émet plus. Les signaux étaient faibles depuis des mois. Ils se sont éteints pour de bon. Une aventure médiatique liée à la famille Bongo s’achève dans le silence et l’amertume.
Il fut un temps où la chaîne faisait entendre des voix connues, Snella Anges Pambo, Nathan Moore, Guy Carrel Boukouana Moungala, Ludovic Nziengui, Aaron Moulougui. Derrière les caméras, des professionnels engagés : Raoul Ahouanto, Maf Olivier Mafouana, feu Didier Legongo. Avec les années, l’équipe s’est dispersée.
Certains sont partis. D’autres ont attendu. Beaucoup ont espéré. L’appartenance à une ex-famille présidentielle nourrissait l’illusion d’un lendemain meilleur. Aujourd’hui, le rideau est tombé.
Placée sous administration provisoire, la chaîne est dirigée par Maître Roger Valère Moussadji. La direction reconnaît son incapacité à honorer ses engagements financiers. Manque de trésorerie. Revenus insuffisants. Cessation de paiements actée.
Dans ce contexte, un protocole de cession à l’amiable a été soumis aux salariés. Ce document prévoit des montants d’indemnisation jugés insignifiants par les travailleurs, très en deçà des sommes réellement dues. Les certificats de travail ont été remis, conditionnant le départ des employés, tandis qu’il leur est demandé de libérer immédiatement les locaux.
Sur le terrain, la réalité est plus dure encore. Les salariés dénoncent une procédure expéditive et profondément injuste. Certains comptent dix, quinze, parfois vingt ans d’ancienneté. À cela s’ajoutent près de trois années d’arriérés de salaires.
Au-delà des chiffres, c’est une détresse sociale qui s’exprime. Pères et mères de famille, ces professionnels se retrouvent sans emploi, sans visibilité, sans perspectives immédiates.
La fermeture de Télé Africa intervient dans un contexte économique tendu. Le chômage progresse. Le marché de l’emploi est saturé. Chaque disparition d’entreprise aggrave la fracture sociale. Ici, ce sont des compétences, des carrières et des vies qui vacillent.
Télé Africa s’éteint. L’écran est noir.
Reste une question brûlante. Qui répondra de la dette sociale laissée derrière les caméras ?
Edouard Dure
