Gabon : scandales et arbitraire fragilisent la communauté musulmane

Il arrive que les institutions se fragilisent moins à cause d’ennemis ouverts qu’en raison de renoncements répétés, de silences complices et de complicités passives. L’arrestation du Grand Imam de Koulamoutou, Ismaël Mouango Orphé, et la vente illégale d’une parcelle appartenant à la Communauté musulmane du Gabon en offrent un exemple frappant. Deux affaires distinctes, mais reliées par un même fil : la gouvernance défaillante sous l’autorité d’Abdu-Razzaq Guy Kambogo, chef de la communauté musulmane du Gabon.

Les faits remontent au 8 décembre 2025. Un enregistrement audio, désormais largement diffusé et obtenu par notre rédaction, révèle qu’un certain Moussa Touré, ressortissant malien né au Gabon et résidant au Congo, se présente comme un acteur clé des affaires islamiques gabonaises. Se réclamant de l’héritage de l’imam déchu Ismaël Oceni Ossa, qui avait quitté le Gabon en 2019, il aurait été nommé Secrétaire exécutif adjoint n°2 du Conseil supérieur des affaires islamiques par Abdu-Razzaq Guy Kambogo lui-même, avec le soutien d’Alboury Ndiaye.

Cette nomination a été largement critiquée. Moussa Touré n’a jamais exercé ses fonctions sur le territoire gabonais, mais disposerait néanmoins de cachets officiels pour parapher, depuis l’étranger, des documents engageant la communauté, en violation flagrante des statuts.

Autoproclamé chef de fait, il se serait permis de nommer et de démettre des imams et représentants provinciaux sans validation formelle, allant jusqu’à dissoudre un bureau provincial par visioconférence depuis le Congo et à placer ses proches à des postes clés.

Selon les témoignages, Moussa Touré aurait ensuite exigé du Grand Imam Ismaël Mouango la vente de son véhicule de fonction, réclamant 40 % du produit sous prétexte d’une « réforme ». Par la suite, des collectes de fonds auraient été organisées sous le couvert de projets fictifs, impliquant plusieurs responsables religieux, dont Ismaël Mouango Orphé et Moussa Moutou, pour un enrichissement personnel plutôt que pour l’intérêt communautaire.

Le différend sur le partage des fonds et la vente du véhicule aurait conduit à la mise en place d’une stratégie de représailles. Moussa Touré aurait rédigé une plainte depuis le Congo et demandé à son parent de la déposer au commissariat de Koulamoutou. Sans vérification, le procureur ordonne l’arrestation immédiate du Grand Imam, tandis que Moussa Touré reste libre à l’étranger.

Une parcelle communautaire vendue dans l’opacité Parallèlement, une parcelle communautaire de 149 505 m², acquise légalement en 2012, aurait été vendue clandestinement, avec la complicité du secrétaire exécutif Achille Moussavou Moussavou, permettant une double vente et des escroqueries présumées. Des enquêtes ont été ouvertes, mais les textes de gouvernance ont été largement ignorés.

Pour la communauté musulmane, ces dérives sont la conséquence directe de la gestion défaillante d’Abdu-Razzaq Guy Kambogo : absence de contrôle, nominations hasardeuses, tolérance face aux abus, manque de vision. Moussa Touré continue d’exercer une influence depuis l’étranger, soutenu par Alboury Ndiaye, qui menace tout imam récalcitrant.

Face à cette situation, la communauté appelle à la démission d’Abdu-Razzaq Guy Kambogo. Car lorsque l’arbitraire et l’illégalité prospèrent, c’est l’autorité morale, la cohésion et la crédibilité de l’institution qui sont menacées.

Rédaction/ source kongossanews

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