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Washington à l’écoute du potentiel gabonais

Le 10 mars 2026, une délégation gabonaise conduite par Philippe Tonangoye, ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, a rencontré à Washington le Bureau des affaires africaines du Département d’État américain.

L’entretien, dense mais ciblé, a permis d’aborder plusieurs dossiers majeurs, notamment les investissements, les infrastructures hydrauliques, la transition énergétique et le développement des ressources naturelles.

Cette rencontre s’inscrit dans un contexte de retour affirmé des États-Unis dans la compétition économique sur le continent africain, particulièrement en Afrique centrale, une région riche en pétrole, en gaz et en minerais critiques.

Dès l’ouverture des discussions, la sous-secrétaire d’État adjointe Sarah Troutman a souligné l’intérêt croissant de Washington pour le potentiel économique du Gabon. Revenue d’une visite à Libreville en février 2026, elle a évoqué les perspectives prometteuses qu’offre le pays.

Selon elle, plusieurs entreprises américaines étudient déjà des opportunités de partenariat, notamment dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Les États-Unis se disent également prêts à mobiliser leurs instruments financiers, en particulier la U.S. International Development Finance Corporation et la Export-Import Bank of the United States.

En filigrane, Washington cherche à renforcer sa présence économique dans une région où la concurrence internationale s’intensifie.

Pour la délégation gabonaise, cette mission répond à une orientation directe du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Depuis son arrivée au pouvoir, le chef de l’État mise sur la mobilisation de partenaires internationaux pour accélérer la transformation économique du pays.

Dans cette perspective, l’accès à l’eau et le développement énergétique apparaissent comme des préalables indispensables à toute ambition industrielle. Sans infrastructures solides dans ces deux domaines, l’exploitation des ressources naturelles et la diversification économique resteraient limitées.

L’ambassadeur du Gabon aux États-Unis, Noël Nelson Messone, a pour sa part insisté sur la solidité des relations bilatérales et plaidé pour un partenariat « gagnant-gagnant », notamment autour des minerais critiques, de l’énergie et du commerce.

Même tonalité du côté du ministre du Pétrole et du Gaz, Clotaire Kondja, qui a rappelé que le Gabon demeure une destination stable pour les investisseurs. Il a cité la présence de longue date de VAALCO Energy ainsi que le retour de ExxonMobil dans les activités d’exploration, des signaux jugés positifs dans un contexte de forte compétition pour les capitaux internationaux.

Le cœur des discussions a toutefois porté sur le programme national de développement des secteurs de l’eau et de l’énergie, élaboré avec l’appui de la Banque mondiale.

Ce plan s’inscrit dans une vision de long terme alignée sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine et vise à répondre à deux défis majeurs : la sécurisation de l’accès à l’eau et la croissance de la demande énergétique.

Le Gabon prévoit ainsi 162 millions de dollars d’investissements à court terme,  540 millions de dollars sur la durée du mandat présidentiel.

Afin d’attirer les financements nécessaires, l’Agence nationale de promotion des investissements doit prochainement transmettre à l’ambassade du Gabon à Washington un catalogue détaillé des projets ouverts aux investisseurs.

Les échanges ont également mis en lumière le rôle central de l’énergie dans le développement des secteurs minier et pétrolier.

Selon Clotaire Kondja, le bassin sédimentaire gabonais demeure encore largement sous-exploré. Un seul puits de haute qualité pourrait produire du gaz pendant près de vingt ans, à condition de mobiliser les investissements nécessaires.

De son côté, Sarah Troutman a confirmé que l’énergie figure parmi les priorités stratégiques des investissements américains en Afrique. Elle a également salué le premier paiement reçu par la société énergétique Aggreko, considéré comme un signal positif pour la confiance des investisseurs.

Cette rencontre à Washington illustre ainsi une convergence d’intérêts encore en construction. Le Gabon cherche à transformer son potentiel en projets structurants, tandis que les États-Unis explorent de nouvelles opportunités d’ancrage économique en Afrique centrale.

Reste désormais à passer du dialogue stratégique aux investissements effectifs, véritable test de crédibilité pour ce partenariat en devenir.

Ethan De Sillon

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