Le Parlement gabonais a opposé une fin de non-recevoir au projet de réforme du crédit bancaire et de la microfinance, estimant que le texte gouvernemental n’était pas suffisamment aligné avec les exigences de la CEMAC et de la COBAC. Cette décision, lourde de sens, ralentit une réforme pourtant présentée comme essentielle à la modernisation du système financier national.
Réunis en séance plénière le 8 mai 2026 au Palais Léon Mba à Libreville, les députés ont rejeté le projet de loi encadrant le crédit bancaire et la microfinance. Le texte visait à mieux structurer les activités de financement, sécuriser les opérations bancaires et favoriser l’inclusion financière dans un pays où l’accès au crédit reste un enjeu majeur.
Cependant, les débats ont rapidement fait émerger de fortes réserves. Les parlementaires ont relevé plusieurs incohérences avec le cadre réglementaire communautaire en vigueur dans l’espace CEMAC, supervisé par la COBAC. Cette incompatibilité, jugée substantielle, a motivé l’adoption d’une motion de rejet.
Pour les élus, la prudence s’imposait afin d’éviter toute réforme susceptible de fragiliser l’harmonisation régionale. La présidente de la Commission des finances, Nicole Jeanine Lydie Roboty épouse Mbou, a insisté sur la nécessité de préserver la stabilité du système bancaire sous-régional tout en renforçant la protection des usagers et des acteurs financiers nationaux.
Les députés ont dressé un diagnostic plus large des fragilités du système financier gabonais. Ils appellent notamment à une réduction du coût du crédit, à une meilleure classification des créances douteuses, à un accès élargi à la centrale des risques pour les établissements de microfinance, ainsi qu’au renforcement des juridictions commerciales et des mécanismes d’épargne à long terme.
Par ce rejet, le Parlement envoie un message sans équivoque. Toute réforme du secteur financier devra désormais concilier ambition nationale et rigueur communautaire, dans un équilibre exigeant qui place le gouvernement face à un défi de taille réformer sans rompre l’harmonisation réglementaire régionale.
Ethan De Sillon
