Gabon : l’État va-t-il laisser mourir “La Santé Pharmaceutique” ?

L’alerte est sérieuse. Au Gabon, l’unique usine locale de fabrication de médicaments traverse une crise profonde. Derrière les difficultés de La Santé Pharmaceutique, plusieurs observateurs dénoncent l’influence d’un puissant lobby pharmaceutique qui contrôlerait une grande partie du marché national.

Installée dans la Zone industrielle de Nkok, cette entreprise devait pourtant symboliser une avancée majeure pour le pays : produire localement des médicaments, réduire la dépendance aux importations et rendre les traitements plus accessibles aux populations.

Mais aujourd’hui, l’usine est au bord de l’asphyxie. Malgré des produits certifiés et pris en charge par la CNAMGS, des stocks évalués à près de 700 millions de FCFA risquent d’arriver à péremption faute de débouchés suffisants. Une situation incompréhensible dans un pays régulièrement confronté aux pénuries de médicaments dans les structures sanitaires publiques.

Selon plusieurs sources du secteur, deux grandes familles domineraient près de 80 % du marché pharmaceutique dans le Grand Libreville. Leur influence s’étendrait de l’importation à la distribution, en passant par la vente des produits pharmaceutiques. Un système qui freinerait l’émergence des producteurs locaux.

Le malaise devient encore plus préoccupant lorsque certaines administrations continuent de privilégier les médicaments importés, notamment depuis la France, alors qu’une unité de production certifiée existe déjà au Gabon.

Pourtant, avant la 5e République, des arrêtés ministériels avaient été pris pour favoriser les produits fabriqués par La Santé Pharmaceutique. Ces mesures devaient encourager le « Made in Gabon » et soutenir la souveraineté pharmaceutique nationale. Mais sur le terrain, elles n’ont jamais été véritablement appliquées.

Aujourd’hui encore, le ministère de la Santé privilégierait des commandes auprès de structures privées pour approvisionner l’Office Pharmaceutique National, au détriment de l’usine locale. Une situation qui nourrit les soupçons de favoritisme et de protection d’intérêts bien établis.

Pour de nombreux observateurs, le problème dépasse désormais le simple cadre économique. C’est toute la question de la souveraineté sanitaire du Gabon qui est posée. Car un médicament produit localement coûte forcément moins cher qu’un produit importé, alourdi par les frais de transport, de douane et de distribution. Au final, c’est le patient gabonais qui supporte cette différence de prix.

La pandémie de Covid-19 avait pourtant révélé les dangers de la dépendance extérieure dans le domaine de la santé. Plusieurs pays africains ont depuis engagé des politiques de soutien à leur industrie pharmaceutique locale.

Le Gabon dispose déjà d’un outil industriel opérationnel. Le laisser disparaître enverrait un signal négatif aux investisseurs et compromettrait les ambitions du pays en matière d’autosuffisance sanitaire.

Face à cette situation, les autorités sont appelées à agir. Beaucoup réclament une véritable politique de préférence nationale capable de protéger la production locale, garantir des médicaments accessibles aux populations et préserver un investissement présenté comme une fierté nationale.

Edouard Dure

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