Derrière le déguerpissement des commerçantes installées sur les trottoirs du carrefour SNI se dessine une ambition plus large, celle de réorganiser durablement l’espace urbain sans sacrifier les réalités sociales. En lançant l’aménagement d’un site provisoire destiné à accueillir les vendeuses concernées, la mairie d’Owendo démontre qu’il est possible de conjuguer autorité, dialogue et responsabilité. Une démarche qui pourrait faire école si elle tient ses promesses.
En effectuant une visite du futur site d’accueil, le maire Arnaud Sandri Nombo, accompagné du premier adjoint Victor Simeth, a voulu donner une dimension concrète à cet engagement. Le message est sans ambiguïté : restaurer l’ordre dans l’espace public ne signifie pas fragiliser celles qui tirent quotidiennement leurs revenus du petit commerce. Il s’agit plutôt de créer les conditions d’une activité mieux organisée, plus sûre et davantage compatible avec les exigences d’une ville en pleine mutation.
Le choix d’utiliser une partie du terrain réservé au futur Hôtel de Ville illustre cette approche pragmatique. Ce site transitoire offrira aux commerçantes un cadre plus sécurisé, de meilleures conditions sanitaires et une organisation plus efficace de leurs activités, en attendant la réalisation du futur grand marché d’Owendo.
Au-delà du cas d’Owendo, cette initiative renvoie à une problématique largement partagée par les collectivités africaines. La reconquête des espaces publics est devenue une nécessité pour améliorer la mobilité, renforcer la salubrité et embellir les villes. Mais ces politiques se heurtent souvent à une réalité incontournable : derrière chaque étal installé sur un trottoir se trouve une famille dont les revenus dépendent directement de cette activité.
C’est précisément dans cette capacité à concilier l’intérêt général et la protection des moyens de subsistance que se mesure la qualité de la gouvernance locale. Une opération de déguerpissement n’a de sens que si elle s’accompagne d’alternatives crédibles. En anticipant cette étape grâce à la mise à disposition d’un espace provisoire, la municipalité cherche à éviter une rupture économique tout en poursuivant son projet de transformation urbaine.
Cette démarche témoigne également d’une évolution des pratiques de gestion publique. La modernisation d’une ville ne repose plus uniquement sur l’exercice de l’autorité. Elle exige aussi de la concertation, de l’écoute et un accompagnement susceptible de susciter l’adhésion des citoyens. C’est souvent dans cette capacité à construire le consensus que se joue la réussite des grandes réformes urbaines.
À Owendo, le chantier qui s’ouvre dépasse largement la construction d’un simple site provisoire. Il met à l’épreuve une certaine conception de l’action publique, dans laquelle l’autorité ne s’oppose pas à la solidarité, mais s’en nourrit. Si cet équilibre est maintenu jusqu’à l’ouverture du futur grand marché, la commune démontrera qu’une ville plus moderne ne se bâtit pas seulement avec du béton et des règlements, mais aussi avec de la prévoyance, du dialogue et la confiance des citoyens.
Ethan De Sillon
