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Le Gabon à Paris : la souveraineté comme nouvelle doctrine diplomatique

Quarante-deux ans après la dernière visite d’État d’un chef d’État gabonais en France, Brice Clotaire Oligui Nguema est venu à Paris avec un message clair,  le Gabon ne change pas de camp, il change de méthode. Dans un entretien accordé au Figaro, le président gabonais défend une relation fondée sur la souveraineté, l’équité et la diversification des partenariats.

Le ton est serein. Le discours est ferme. Pour le chef de l’État, le temps des relations héritées du passé est révolu. La coopération entre le Gabon et la France ne doit plus reposer sur des privilèges historiques, mais sur des intérêts réciproques et un respect mutuel.

« Nous venons à Paris en partenaire souverain, pour un partenariat rénové », affirme Brice Clotaire Oligui Nguema. Une formule qui résume l’esprit de cette visite d’État, la première d’un président gabonais en France depuis quarante-deux ans.

Le président estime que le véritable enjeu n’est pas de remplacer un partenaire par un autre, mais de transformer la manière de coopérer. Le Gabon reste ouvert à tous. La France demeure un partenaire majeur, mais elle n’est plus l’unique interlocuteur. Libreville revendique désormais le droit de choisir librement ses partenaires, qu’ils soient européens, asiatiques, américains ou africains.

Le chef de l’État le rappelle sans ambiguïté : diversifier n’est pas exclure. C’est exercer pleinement la souveraineté d’un État moderne. « Le Gabon ne demande pas qu’on l’aide. Il demande qu’on le respecte comme partenaire. »

L’un des messages les plus forts de cet entretien concerne les contrats économiques hérités de plusieurs décennies. Selon le président, certains accords conclus il y a près de soixante ans ne correspondent plus aux intérêts actuels du pays. Il ne s’agit pas de les dénoncer, mais de les renégocier avec méthode, dans le respect du droit et des intérêts nationaux.

Cette approche marque la fin d’une époque où les richesses nationales profitaient davantage aux partenaires extérieurs qu’aux Gabonais. Le mot d’ordre est désormais sans équivoque, mettre fin aux rentes et bâtir des partenariats véritablement gagnant-gagnant.

Brice Clotaire Oligui Nguema revient également sur la transition politique engagée après le 30 août 2023. Il défend le choix qui a permis, selon lui, d’éviter le chaos avant de conduire le pays vers l’élection présidentielle d’avril 2025, qui a marqué le retour du pouvoir aux civils par la voie des urnes. À ses yeux, cette transition a restauré les institutions et tourné la page des successions dynastiques.

Interrogé sur les États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), le président adopte une position d’équilibre. Il qualifie leurs dirigeants de « frères d’armes » et d’« homologues », rappelant que chaque État est libre de ses choix. Le Gabon refuse la logique des blocs et privilégie le dialogue avec tous ses partenaires, dans le respect mutuel et sans alignement automatique.

Le chef de l’État s’est également exprimé sur la protection des forêts du bassin du Congo. Il rappelle que le Gabon assume une responsabilité majeure dans la préservation de ce patrimoine mondial, tout en posant une question de justice. Qui doit financer cet effort ? Pour lui, les pays les plus pollueurs doivent contribuer davantage à la protection des forêts africaines. Préserver l’environnement ne doit pas empêcher le développement économique du Gabon.

À travers cette visite d’État et cet entretien, Brice Clotaire Oligui Nguema entend installer une nouvelle doctrine diplomatique. Le Gabon ne sollicite ni privilège ni assistance. Il revendique des relations équilibrées, fondées sur le respect de sa souveraineté, la juste valorisation de ses ressources et la liberté de choisir ses partenaires.

Le message est limpide. Changer de paradigme, ce n’est pas changer de camp. C’est changer de méthode. Le Gabon avance avec des institutions restaurées, des élections tenues et des partenariats rééquilibrés, en affirmant sa souveraineté avec calme, confiance et responsabilité.

Ethan De Sillon

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