Journée mondiale contre l’hépatite : le dépistage, première arme pour sauver des vies

Elles progressent dans l’ombre. Elles frappent sans bruit. Elles détruisent des vies avant même de révéler leur présence. À l’occasion de la Journée mondiale contre l’hépatite, célébrée ce 28 juillet, un constat s’impose : malgré les avancées considérables de la médecine, les hépatites virales demeurent l’une des menaces sanitaires les plus sous-estimées au monde, y compris au Gabon. Pourtant, elles peuvent être prévenues, dépistées et, pour certaines formes, efficacement traitées jusqu’à la guérison.

Au Gabon, l’ampleur du phénomène rappelle l’urgence d’agir. Plus de 280 000 personnes seraient porteuses chroniques des virus de l’hépatite B ou C à travers le pays. L’hépatite B, particulièrement préoccupante, affiche une prévalence estimée à 5,8 %, selon les données de l’Organisation mondiale de la santé. Derrière ces chiffres se cachent des milliers de vies exposées aux conséquences graves d’une infection souvent détectée trop tard.

Le danger des hépatites virales réside précisément dans leur discrétion. Pendant plusieurs années, elles peuvent évoluer sans provoquer le moindre symptôme apparent. Lorsque la maladie se manifeste enfin, le foie est parfois déjà profondément atteint. Cirrhose, cancer primitif du foie ou insuffisance hépatique deviennent alors des réalités médicales difficiles à combattre, alors qu’une prise en charge précoce aurait pu changer le cours des choses.

Au Centre hospitalier universitaire de Libreville, cette réalité se mesure quotidiennement. Les complications liées aux hépatites chroniques exercent une forte pression sur le système de santé. La cirrhose représente ainsi 65,6 % des hospitalisations en hépato-gastroentérologie, témoignant du poids considérable de ces maladies sur les services spécialisés. Plus inquiétant encore, le cancer primitif du foie constitue la première cause de décès enregistrée dans le service spécialisé, révélant l’impact dramatique des diagnostics tardifs.

Le paradoxe demeure pourtant saisissant. Les solutions existent. La vaccination offre une protection efficace contre l’hépatite B. Les traitements permettent aujourd’hui de contrôler durablement certaines infections et de guérir l’hépatite C dans de nombreux cas. Le dépistage, simple et rapide, reste l’arme essentielle pour identifier les personnes infectées avant l’apparition des complications.

Mais le manque d’information, la peur du diagnostic et la stigmatisation continuent de freiner la lutte. Le combat contre les hépatites ne relève donc pas uniquement du domaine médical. Il est aussi une bataille contre l’ignorance. Sensibiliser les populations, renforcer l’accès au dépistage et rapprocher les services de santé des citoyens sont devenus des priorités pour éviter que le silence ne continue de coûter des vies.

Chaque personne dépistée représente une chance de traitement. Chaque patient pris en charge permet de réduire la circulation du virus. Chaque vaccin administré constitue une barrière supplémentaire contre la maladie.

Cette Journée mondiale contre l’hépatite rappelle une évidence, la prévention demeure l’investissement le plus efficace. Se faire dépister n’est pas un simple geste médical. C’est un acte de responsabilité envers soi-même, sa famille et l’ensemble de la communauté.

A Libreville comme ailleurs, le temps du silence doit prendre fin. Les hépatites virales ne doivent plus tuer par ignorance ou par absence de diagnostic. Face à une maladie qui avance masquée, l’information, le dépistage et la prise en charge restent les meilleures armes pour inverser la tendance et sauver des milliers de vies.

Edouard Dure

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