SEEG : Philippe Tonangoye lance la plus vaste refonte du secteur de l’eau et de l’électricité depuis 1950

Le Gabon ouvre une nouvelle séquence dans la restructuration de ses entreprises publiques. Réuni le 31 juillet 2026 au siège de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, au nom du gouvernement, a officiellement lancé le processus historique de scission de l’entreprise. Cette réforme doit conduire, dès le 1er janvier 2027, à l’entrée en activité de deux opérateurs distincts : Électricité du Gabon (EDG) et La Gabonaise des Eaux (GDE).

Portée par Philippe Tonangoye, ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, cette transformation constitue l’un des chantiers de réforme de l’État les plus ambitieux engagés depuis plusieurs décennies. Au-delà d’une simple réorganisation institutionnelle, l’exécutif entend refonder le modèle économique et la gouvernance des services publics de l’eau et de l’électricité, considérés comme des secteurs stratégiques pour la compétitivité et l’attractivité du pays.

En ouvrant les travaux, le ministre de la Réforme et des Relations avec les institutions, François Ndong-Obiang, a présenté aux administrateurs les fondements de cette réforme. Il a rappelé que la scission de la SEEG traduit la volonté du gouvernement de rompre avec un modèle arrivé à ses limites, afin de créer des entreprises plus spécialisées, plus transparentes et davantage orientées vers la performance.

Dans cette même perspective, la ministre du Travail, du Plein Emploi, du Dialogue social et de la Formation professionnelle, Jacqueline Bignoumba, a tenu à rassurer les membres du Conseil d’administration sur le volet social de la réforme. Elle a assuré que la transition garantira la préservation des droits des salariés et que la réorganisation des effectifs sera conduite dans le strict respect des engagements pris par l’État

Prenant ensuite la parole, Philippe Tonangoye a inscrit cette transformation dans le prolongement des conclusions du Dialogue national ainsi que des engagements du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a fait de l’accès universel à l’eau et à l’énergie l’un des piliers essentiel de son programme de société.

À l’appui de cette réforme, le ministre a présenté un diagnostic financier jugé préoccupant. Entre 2019 et 2024, le chiffre d’affaires de la SEEG est resté quasiment stable, tandis que les coûts d’exploitation ont poursuivi leur progression. Dans le même temps, les frais financiers ont été multipliés par quatorze, l’excédent brut d’exploitation est devenu négatif et les pertes se sont continuellement creusées.

Pour Philippe Tonangoye, ces indicateurs traduisent l’épuisement du modèle intégré de la SEEG. L’entreprise ne parvient plus à financer sa croissance, mais essentiellement ses déficits d’exploitation, tandis que le poids de l’endettement réduit progressivement ses capacités d’investissement. Dans ce contexte, un simple plan de redressement ne suffirait plus à restaurer durablement sa viabilité financière.

Face à ce constat, le gouvernement a retenu le principe d’une séparation complète des activités. Le futur opérateur Électricité du Gabon prendra en charge l’ensemble de la chaîne de valeur électrique, tandis que La Gabonaise des Eaux assurera les missions liées à la production et à la distribution de l’eau potable. Cette spécialisation vise à clarifier les responsabilités, renforcer la gouvernance, améliorer la transparence financière et accroître l’efficacité opérationnelle, tout en maintenant les infrastructures stratégiques sous contrôle public.

La réforme prévoit également la création d’une structure de défaisance chargée de reprendre le passif historique de la SEEG. Ce mécanisme permettra d’isoler les dettes héritées du passé afin que les deux nouvelles sociétés puissent entamer leurs activités sur des bases financières assainies. En parallèle, des audits juridiques, financiers, bancaires et patrimoniaux seront conduits afin de sécuriser l’ensemble du processus de scission.

Sur le plan social, l’exécutif affiche une volonté d’apaisement. Les droits des salariés, des actionnaires, des créanciers et des fournisseurs seront intégralement préservés. Un Comité paritaire de pilotage, placé sous l’autorité stratégique du président de la République, accompagnera la transition pendant une période de six mois afin de garantir la continuité du service public et d’assurer le suivi opérationnel de la réforme.

Le calendrier est désormais arrêté. La SEEG poursuivra ses activités jusqu’au 31 décembre 2026 à 23 h 59. À compter du 1er janvier 2027, Électricité du Gabon (EDG) et La Gabonaise des Eaux (GDE) entreront officiellement en activité. D’ici là, le gouvernement devra obtenir l’approbation des administrateurs ainsi que des actionnaires stratégiques, conformément aux dispositions du droit OHADA. Déjà détenteur de 56 % du capital par l’intermédiaire du Fonds souverain de la République gabonaise, l’État ambitionne d’atteindre une majorité qualifiée de 67 %, seuil indispensable à la validation juridique de la scission.

En plus de la création de deux nouvelles entreprises publiques, cette réforme consacre un changement de doctrine dans la gestion des infrastructures essentielles. L’enjeu dépasse la seule réorganisation de la SEEG. Il s’agit désormais de restaurer la soutenabilité économique des services de l’eau et de l’électricité, de renforcer la confiance des investisseurs et de doter le Gabon d’opérateurs spécialisés, financièrement plus solides et capables d’accompagner durablement les ambitions de développement du pays.

Ethan De Sillon

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