EEG : entre l’autonomie de l’Église et l’autorité de l’État

La crise qui traverse l’Église évangélique du Gabon (EEG) ne faiblit pas. Elle change de dimension. Réuni le 18 août à Baraka, le collectif du peuple chrétien a vivement contesté la suspension du bureau national issu du dernier synode, estimant que l’État franchit la frontière des affaires propres à l’Église.

À Baraka, le ton était grave, mais la revendication claire. L’EEG entend rester maîtresse de son organisation et de ses décisions. Pour le collectif, la mesure conservatoire prise par le ministère de l’Intérieur remet en question l’autonomie d’une institution qui dispose de ses propres textes, de ses instances et de ses mécanismes de règlement des différends.

Le révérend Moïse Ovono Megnie dénonce une intervention qu’il juge contraire à cet équilibre. Il rappelle que le synode s’est tenu en présence de plusieurs représentants du monde religieux, notamment de la CEVA, de la CETA, de l’Église catholique du Gabon et de la Fédération des Églises de réveil du Gabon. À ses yeux, cette présence confère au processus une légitimité que la décision ministérielle ne saurait effacer.

Au cœur de la tourmente se trouve l’élection à la présidence de l’EEG. Deux candidats issus de la région synodale du Ntem s’étaient affrontés. Les révérends Moïse Ovono Megnie et Jean-Daniel Allogo-Essimengane, tous deux déclarés vainqueurs. Contesté depuis, ce résultat a ouvert une crise dont les ramifications dépassent désormais la seule succession à la tête de l’Église.

Pour les contestataires, une certitude demeure, le synode national est l’instance suprême de l’EEG. « Le synode est souverain. Il est l’instance suprême de l’Église et ses décisions sont exécutoires », affirme Moïse Ovono Megnie.

Dans cette bataille institutionnelle, une vieille parole retrouve une résonance particulière : « À César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Elle rappelle, avec une sobriété presque intemporelle, que l’autorité publique et l’autorité spirituelle n’ont pas vocation à se confondre. L’une relève de la cité, l’autre de la conscience et de la foi.

C’est précisément sur cette ligne de partage que le collectif entend camper. Il demande désormais au président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, d’aider à dénouer une crise qui menace de s’enraciner.

Au-delà d’une querelle de personnes ou d’une bataille électorale, l’affaire pose une question de fond, celle des limites de l’intervention de l’État dans la vie des communautés religieuses. À l’heure où les positions se crispent, l’EEG cherche une porte de sortie qui permette de restaurer le dialogue sans sacrifier son autonomie. Car, dans cette confrontation, l’essentiel reste peut-être de ne pas perdre de vue ce qui devrait unir plutôt que diviser, la paix de l’Église.

Jean 1er

Please follow and like us:
Pin Share

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *