Après huit années d’interruption, la Fête des Cultures a retrouvé, du 21 au 23 août, son public, ses rythmes et son âme. Pour sa 15ᵉ édition, organisée sur l’avenue Jean-Paul II autour du thème « Réappropriation de nos valeurs culturelles », la manifestation a transformé Libreville en une immense scène populaire, où traditions, musique, danse et gastronomie ont raconté, trois jours durant, la richesse d’un Gabon pluriel.
Dès l’ouverture, la capitale a renoué avec une ambiance longtemps attendue. Sur le boulevard Jean-Paul II, les pavillons des neuf provinces ont fait entendre leurs voix, leurs chants, leurs instruments et leurs récits. Puis, au fil des heures, la fête a gagné en intensité. Danses traditionnelles, contes, humour, théâtre de rue et prestations musicales se sont succédé, faisant progressivement disparaître les frontières entre la scène et le public.
Car ici, le spectacle ne se regardait pas seulement, il se vivait. Les applaudissements répondaient aux artistes, les chants accompagnaient les refrains et les corps se laissaient entraîner par les rythmes. Dans cette foule bigarrée, jeunes, adultes et aînés partageaient le même enthousiasme. La jeunesse, particulièrement présente, a ainsi donné à voir une culture vivante, capable de transmettre ses racines tout en dialoguant avec les expressions contemporaines.
La programmation musicale n’était d’ailleurs pas en reste. Pierre-Claver Akendengué, figure majeure de la musique gabonaise, a donné le ton dès l’ouverture avec son orchestre, dans un moment chargé de symboles. À ses côtés, plusieurs générations d’artistes ont contribué à maintenir la température du festival. Landry Ifouta, Shan’l, Koba et Delpega, annoncés parmi les principales figures du plateau artistique, ont apporté leurs univers respectifs, entre sonorités traditionnelles, afro-pop et musiques urbaines.
D’autres noms ont également rythmé cette programmation, parmi lesquels Laurianne Ekondo, Axel Agambouet, Amandine, Mass, Lamalgame, Secta’a, Tommy, Big Row, Général Itachi, F.A.N.G, Latchow, Princesse 12 et Espoir la Tigresse. Une diversité de profils qui illustre l’ambition de cette édition, faire dialoguer les générations, les styles et les sensibilités autour d’un même patrimoine culturel.
Mais la Fête des Cultures ne s’est pas résumée à la musique. Dans les espaces consacrés à l’artisanat et à la gastronomie, le public a découvert des savoir-faire, des objets, des masques ancestraux et des saveurs qui racontent, chacun à leur manière, une parcelle de l’identité gabonaise. Le patrimoine sortait ainsi des livres et des musées pour retrouver la rue, les regards et la mémoire collective.
Cette édition avait, en outre, une dimension résolument africaine. Invité d’honneur, le Sénégal a installé son propre univers au cœur de la manifestation. Ses danses, son artisanat, sa gastronomie et surtout sa lutte traditionnelle ont enrichi le rendez-vous d’une nouvelle palette culturelle. Le dialogue entre les deux pays a donné à la fête une profondeur supplémentaire, rappelant que la diversité africaine peut aussi être un formidable espace de rencontre.
Puis est venue la dernière soirée. À mesure que la nuit avançait, l’avenue Jean-Paul II s’est muée en un immense théâtre populaire. Les rythmes urbains ont succédé aux sonorités traditionnelles, la variété au tradi-moderne, tandis que le public, toujours aussi enthousiaste, refusait de laisser retomber la ferveur. Le passage très attendu de François N’Gwa, dit Ngoua, a compté parmi les moments marquants de cette clôture.
En plus des spectacles, c’est donc une émotion collective qui aura marqué ces trois journées. Après huit années de silence, la Fête des Cultures n’a pas simplement repris son cours, elle a renoué avec une mémoire, une identité et une ferveur populaire. Elle a rappelé que la culture n’est jamais figée. Elle se transmet, se réinvente, se partage et, surtout, rassemble.
Lorsque les dernières lumières se sont éteintes sur l’avenue Jean-Paul II, la fête avait donc officiellement livré son dernier acte. Mais dans les esprits, les rythmes continuaient de résonner. Libreville venait de refermer trois jours de communion, de découvertes et de fierté culturelle.
La 15ᵉ Fête des Cultures s’achève ainsi comme elle avait commencé par un retour aux sources. Avec une conviction désormais bien ancrée. Lorsque les cultures se retrouvent, c’est tout un peuple qui se reconnaît.
Ethan De Sillon
