À Libreville, le rapprochement avec les Émirats arabes unis entre dans une phase plus concrète. Le 5 septembre, Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu Thani bin Ahmed Al Zeyoudi, ministre émirati du Commerce extérieur, accompagné d’une délégation d’hommes d’affaires et de responsables gouvernementaux. Les échanges ont porté sur les moyens d’augmenter les investissements émiratis au Gabon, dans un contexte où Libreville cherche à financer ses infrastructures et à diversifier son économie.
Le cadre juridique est désormais en place. Signé en février 2026, le CEPA doit contribuer à réduire les barrières commerciales et à faciliter l’accès aux marchés des deux pays. Pour le Gabon, l’enjeu est surtout d’attirer des capitaux vers des secteurs à fort potentiel, mais qui restent confrontés à des capacités limitées de financement et de transformation.
Les flux commerciaux progressent déjà. En 2025, les échanges non pétroliers entre le Gabon et les Émirats arabes unis ont atteint 320,6 millions de dollars, environ 192,36 milliards de FCFA, soit plus du double du niveau enregistré en 2021. Sur les six premiers mois de 2026, ils représentaient 141,7 millions de dollars, près de 85,02 milliards de FCFA.
Cette progression reste cependant limitée au regard des besoins d’investissement du Gabon. Libreville cherche désormais à orienter davantage de capitaux vers les mines, les énergies renouvelables, l’agriculture, la logistique et les infrastructures. L’objectif est de financer des projets capables d’accroître la production locale et de réduire la dépendance aux exportations de matières premières brutes.
Le secteur énergétique offre déjà un exemple de cette approche. La centrale solaire de SOLEN montre comment des capitaux et une expertise extérieurs peuvent être mobilisés pour répondre à un besoin directement lié au développement du pays : augmenter l’offre d’électricité tout en développant les capacités de production renouvelable.
Pour Abou Dhabi, le Gabon présente plusieurs atouts : des ressources minières et forestières importantes, une façade maritime donnant accès au golfe de Guinée, ainsi qu’un marché qui peut servir de point d’appui à des activités régionales. Pour Libreville, l’intérêt des partenaires émiratis tient à leur capacité à financer des projets d’envergure et à intervenir dans des secteurs allant de l’énergie aux infrastructures en passant par la logistique et l’agriculture.
La question est désormais celle des conditions d’exécution. Pour attirer durablement ces capitaux, le Gabon devra offrir aux investisseurs une visibilité suffisante sur la réglementation, la fiscalité, l’accès au foncier et les conditions de rapatriement des revenus. Il devra également négocier des projets intégrant davantage de transformation locale, de sous-traitance nationale, de formation et de création d’emplois.
C’est sur ces paramètres que se mesurera la portée économique du rapprochement avec les Émirats. Le CEPA peut faciliter les échanges, mais il ne garantit pas à lui seul l’arrivée de capitaux. Les chiffres du commerce montrent que la relation progresse ; les prochains projets devront démontrer qu’elle peut aussi financer des actifs productifs au Gabon.
Pour Oligui Nguema, le pari est de faire passer la relation avec Abou Dhabi d’un commerce en croissance à un portefeuille d’investissements capables de renforcer les infrastructures, les capacités industrielles et les revenus générés sur le territoire gabonais.
Ethan De Sillon
