Le Gabon est à la croisée des chemins. Pour Francis Jean Jacques Evouna, président du Conseil Gabonais du Patronat, le véritable défi n’est plus seulement de soutenir la croissance, mais d’en changer la nature. Dans son analyse, l’économiste met en avant trois impératifs. Restaurer la confiance, produire davantage localement et donner aux entreprises gabonaises les moyens de prendre toute leur place dans la transformation du pays. Une équation exigeante, mais décisive pour bâtir une économie plus solide à l’horizon 2030.
Le diagnostic est sans détour. Une économie qui exporte principalement ses matières premières reste exposée aux soubresauts des marchés et crée une valeur limitée sur son propre territoire. Pour Francis Jean Jacques Evouna, changer de modèle revient donc à déplacer le lieu où la richesse se crée et où elle demeure.
Le manganèse, le bois et l’agro-industrie peuvent devenir des moteurs de cette nouvelle dynamique. Mais leur potentiel ne pourra être pleinement exploité sans une énergie fiable, des infrastructures adaptées et surtout un tissu de TPE-PME suffisamment robuste pour intégrer les chaînes de valeur.
C’est là que se situe, selon lui, le véritable enjeu de la diversification. Il ne s’agit pas d’empiler les projets. Il faut les connecter, les coordonner et mesurer leurs effets. La transformation économique doit ainsi s’appuyer sur une capacité de pilotage capable de faire passer les décisions du papier à l’exécution.
Cette ambition se heurte toutefois à une contrainte majeure : les finances publiques. Avec un budget 2027 projeté à 6 223,1 milliards de FCFA et un stock de dette annoncé à 9 524,6 milliards de FCFA à fin 2025, la marge de manœuvre demeure étroite. Francis Jean Jacques Evouna invite à ne pas opposer mécaniquement désendettement et investissement. À ses yeux, la priorité est de rétablir la crédibilité financière, protéger les dépenses sociales essentielles et concentrer les ressources disponibles sur les projets capables de produire un véritable effet d’entraînement.
La dette intérieure constitue, dans cette équation, un autre point sensible. Estimée à près de 4 600 milliards de FCFA selon les chiffres avancés par le président du CGP, son apurement pourrait redonner de l’oxygène aux entreprises et remettre en mouvement une partie de l’économie nationale. Une entreprise payée peut honorer ses fournisseurs, préserver ses emplois, investir et repartir à la conquête du marché.
La réflexion prend une dimension particulière dans le contexte des échanges avec le FMI. Pour le président du patronat, transparence de la dette, fiabilité des statistiques et meilleure programmation macroéconomique constituent des bases incontournables. Mais l’ajustement ne doit pas étouffer l’investissement productif. Le défi consiste à assainir sans immobiliser, à rationaliser sans casser la dynamique économique.
Car, derrière les projections de croissance, c’est bien la structure de cette croissance qui compte. Une progression de 2,7 % en 2026 ne saurait, à elle seule, traduire une véritable transformation si elle demeure dépendante d’un secteur pétrolier en déclin. Le modèle recherché est différent : une croissance davantage portée par le non-pétrolier, plus productive, plus créatrice d’emplois et mieux répartie.
Cette mutation suppose également de libérer les capacités des entreprises locales. Pour Francis Jean Jacques Evouna, l’environnement des affaires doit être plus lisible et plus sécurisant. Sa doctrine des « 5S » résume cette exigence. Un cadre Simple, Stable, Serein fiscalement, Souple socialement et Sécurisé juridiquement.
Mais aucune réforme économique ne produira pleinement ses effets sans capital humain. Former ne doit plus seulement consister à délivrer des diplômes. Il faut préparer des compétences directement utilisables par l’économie et capables d’accompagner les nouvelles chaînes de production.
À cette condition s’ajoute une autre exigence, le pilotage. Les grandes orientations ne valent que par leur mise en œuvre. D’où la nécessité, selon l’analyse du président du CGP, d’un dispositif capable de suivre les décisions, de coordonner les acteurs et de mesurer les résultats.
À l’horizon 2030, le bilan devra donc dépasser le simple taux de croissance. Il faudra regarder la part de la transformation locale dans les exportations, le poids des recettes hors hydrocarbures et mines, les emplois formels créés par les TPE-PME et leur participation à la commande publique.
La réflexion de Francis Jean Jacques Evouna ramène ainsi le débat à une question essentielle. Quelle économie le Gabon veut-il réellement construire ? Une économie qui continue principalement à extraire et exporter, ou une économie capable de transformer ses ressources, de financer davantage son développement et de faire émerger ses propres champions ?
2030 n’est pas seulement une échéance. C’est un rendez-vous avec les résultats. Pour Francis Jean Jacques Evouna, le Gabon devra alors pouvoir démontrer que ses ressources ne sont plus seulement une richesse extraite du sol, mais le point de départ d’une valeur créée sur place. Le véritable changement de modèle sera là : produire davantage, transformer davantage et faire de la richesse nationale un levier durable d’emplois, d’investissement et de souveraineté économique.
Ethan De Sillon
