UOB/ Auditorium Agondjo-Okawé : Marc-Louis Ropivia ravive la mémoire universitaire

Longtemps marqué par l’interruption des travaux et l’effacement des traditions académiques, l’Auditorium Pierre-Louis Agondjo-Okawé retrouve son lustre et sa vocation. À l’occasion de la rentrée solennelle du 30 octobre 2026, le professeur émérite Marc-Louis Ropivia a retracé l’histoire de cet édifice emblématique, rendu hommage à ses illustres figures et salué une réhabilitation qui redonne à l’Université Omar Bongo une part de son prestige.

Il est des édifices dont les murs racontent davantage que leur architecture. À l’Université Omar Bongo (UOB), l’Auditorium Pierre-Louis Agondjo-Okawé appartient à cette catégorie. Sa réhabilitation ne consacre pas seulement le retour d’une infrastructure longtemps laissée en suspens. Elle ravive une mémoire, restaure une dignité institutionnelle et réouvre le chemin des grandes traditions universitaires. Un symbole fort que le professeur émérite de géosciences politiques, Marc-Louis Ropivia, a tenu à mettre en perspective lors de la rentrée académique solennelle du 30 octobre 2026.

Dans un témoignage nourri de souvenirs et de repères historiques, l’ancien ministre de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur a rappelé que l’histoire d’une institution ne saurait se construire dans l’oubli de ses pionniers. À ses yeux, le baptême de l’auditorium, intervenu le 10 septembre 2026 sous l’impulsion du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, constitue un acte de reconnaissance envers ceux qui ont contribué à façonner l’université gabonaise dès ses premières années.

Le choix de Pierre-Louis Agondjo-Okawé s’inscrit pleinement dans cette démarche. Enseignant pionnier, premier doyen de la Faculté de droit et des sciences économiques, premier avocat gabonais et premier Bâtonnier gabonais, il a profondément marqué les débuts de l’enseignement supérieur national. Avant de regagner son pays, il avait enseigné le droit à Brazzaville, Bangui et Fort-Lamy, après un passage à la Sorbonne où il avait commencé sa carrière universitaire. Son retour au Gabon, à la suite de l’éclatement de la Fondation pour l’enseignement supérieur en Afrique centrale (FESAC), marque une étape décisive dans la construction de l’Université nationale du Gabon, fondée en 1970.

Dès 1971, son enseignement devient un véritable rendez-vous intellectuel. Son cours d’histoire et d’évolution des institutions juridiques et politiques attire bien au-delà des étudiants de sa faculté. L’affluence est telle que les premières infrastructures universitaires ne peuvent contenir tous les auditeurs. Le recours à une vaste salle de l’Institut pédagogique national s’impose alors. Avec près de 300 places, elle devient le premier grand amphithéâtre de l’université naissante. Une anecdote qui, selon Marc-Louis Ropivia, éclaire aujourd’hui la portée du baptême de l’édifice qui porte le nom de cet illustre pédagogue.

Après plusieurs décennies d’interruption des travaux, l’auditorium retrouve enfin sa vocation, accueillir les grandes cérémonies qui rythment la vie universitaire. La rentrée solennelle, la collation des grades, les distinctions honorifiques et les rencontres avec des personnalités de premier plan pourront de nouveau s’inscrire dans le calendrier institutionnel de l’UOB.

Marc-Louis Ropivia voit dans ce retour une rupture avec une longue période de déclassement des traditions académiques. Il déplore que les étudiants aient longtemps été privés de ces rites qui consacrent leur parcours et donnent du sens à leur appartenance à une communauté universitaire. Sa formule, volontairement incisive, résume ce malaise. À l’UOB, « on y entre de manière anonyme et on en ressort de manière clandestine ». La cérémonie du 30 octobre vient précisément tourner cette page.

L’ancien ministre a, dans cette perspective, salué l’engagement du président de la République en faveur de la réhabilitation de l’édifice, ainsi que le travail du recteur, le professeur Jean-Jacques Tony Ekomie, désormais chargé de faire vivre cette nouvelle dynamique. Car restaurer un auditorium ne suffit pas. Encore faut-il lui rendre son rôle de lieu de transmission, de célébration du mérite et de rayonnement intellectuel.

L’histoire du bâtiment porte également une dimension internationale singulière. Le 14 février 1991, sous le magistère ministériel de Marc-Louis Ropivia, alors ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, l’édifice avait accueilli Nelson Mandela. Le héros de la lutte contre l’apartheid était accompagné du président Omar Bongo. Une visite historique à laquelle avaient également pris part le recteur Dieudonné Ngaka Safu et le vice-recteur Bonaventure Mvé Ondo. Plus de trois décennies après, ce souvenir demeure l’un des moments marquants de l’histoire de l’université.

Ce rapprochement entre Nelson Mandela et Pierre-Louis Agondjo-Okawé donne à l’auditorium une profondeur symbolique supplémentaire. Deux hommes, deux parcours et deux destins marqués par l’épreuve de l’emprisonnement politique. Robben Island pour le premier, Gros-Bouquet pour le second. Leur mémoire se rejoint désormais dans cet espace consacré au savoir, à la liberté de pensée et à la formation des consciences.

Au-delà de la restauration d’un patrimoine, l’Université Omar Bongo retrouve ainsi une part de son histoire et les attributs d’une institution appelée à former, distinguer et inspirer. L’Auditorium Pierre-Louis Agondjo-Okawé ne doit plus être seulement le témoin d’un passé prestigieux. Il lui appartient désormais d’accueillir les ambitions d’une université qui entend renouer avec l’excellence, transmettre sa mémoire et inscrire durablement son rayonnement dans l’avenir.

Edouard Dure

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