Il y a des réalités sociales que les statistiques économiques ne suffisent pas toujours à raconter. Au Gabon, l’une d’elles porte un nom : la vie chère.
Pour de nombreuses familles gabonaises, faire les courses, payer le loyer, se déplacer, régler les factures d’eau et d’électricité ou assurer la scolarité des enfants relève désormais d’un véritable exercice d’équilibriste.
La récente révision des prix des produits pétroliers, applicable depuis le 1er novembre 2026, vient raviver cette inquiétude. Le litre d’essence passe de 595 à 735 FCFA, soit une augmentation de 140 FCFA. Le gasoil, quant à lui, passe de 575 à 705 FCFA. Des augmentations respectives de 23,5 % et 22,6 %.
Ces chiffres ne sont pas anodins. Ils concernent directement le quotidien des automobilistes, mais leurs conséquences potentielles vont bien au-delà. Le carburant intervient dans le transport des personnes, l’acheminement des marchandises, la distribution des denrées alimentaires et le fonctionnement de nombreuses activités économiques.
Il serait donc illusoire de croire que cette augmentation restera sans conséquence sur le panier de la ménagère.
Mais, au fond, le problème est encore plus profond. La question n’est pas simplement celle du prix du carburant. C’est celle d’un pouvoir d’achat qui peine à suivre le rythme des dépenses quotidiennes.
Combien de familles doivent aujourd’hui arbitrer entre se nourrir correctement, payer leurs factures et assurer les autres besoins essentiels du foyer ? Combien de salariés terminent le mois avant même d’avoir terminé leur salaire ? Combien de petits commerçants et d’entrepreneurs voient leurs marges progressivement absorbées par l’augmentation de leurs charges ?
Nous devons avoir le courage de regarder cette réalité en face.
Je comprends les contraintes budgétaires de l’État et les difficultés liées au maintien des mécanismes de subvention. Le Président de la République lui-même a évoqué le poids croissant de la stabilisation des prix des carburants sur les finances publiques. Mais la recherche de l’équilibre budgétaire ne doit pas faire oublier l’équilibre social.
On ne peut pas demander indéfiniment des efforts aux populations sans leur donner des perspectives concrètes d’amélioration de leurs conditions de vie.
Je pense qu’il est temps de replacer la lutte contre la vie chère au cœur des priorités de l’action publique.
Cela suppose un contrôle plus rigoureux des prix des produits de première nécessité, une meilleure maîtrise des circuits d’importation et de distribution, une lutte effective contre les pratiques spéculatives, mais aussi une politique ambitieuse de production locale afin de réduire notre dépendance alimentaire.
Cela suppose également de réfléchir à des mécanismes de protection ciblés en faveur des ménages les plus vulnérables.
Le Gabon dispose de ressources naturelles considérables. Il est donc légitime que ses populations s’interrogent sur les retombées concrètes de cette richesse dans leur quotidien.
La réussite d’une politique économique ne devrait pas uniquement se mesurer aux investissements annoncés, aux grands chantiers engagés ou aux indicateurs macroéconomiques. Elle doit aussi se mesurer à la capacité d’un père ou d’une mère de famille à nourrir convenablement ses enfants, à se loger dignement et à terminer le mois sans être étranglé par les charges quotidiennes.
Notre pays a besoin de développement, certes. Mais il a tout autant besoin de justice sociale.
Car, en définitive, le Gabon ne se construira pas durablement si la croissance économique ne s’accompagne pas d’une amélioration réelle des conditions de vie de ses citoyens* .
La lutte contre la vie chère ne doit pas être un simple slogan gouvernemental ou une promesse régulièrement renouvelée. Elle doit devenir une exigence permanente de l’action publique.
Les Gabonais ne demandent pas des privilèges. Ils attendent simplement de pouvoir vivre dignement du fruit de leur travail. Et cette attente mérite d’être entendue.
Joachim Mbatchi Pambou, Président du Forum Pour la Défense de la République ( FDR). Candidat à l’élection Présidentielle d’août 2023.
