La lutte contre les « agents fantômes » est officiellement lancée. Face à des milliers de fonctionnaires payés malgré leur absence et à des soupçons de fraude dans les matricules, l’État passe à l’offensive pour assainir la Fonction publique. Entre discipline administrative, audit et identification biométrique, le gouvernement promet une opération de nettoyage d’ampleur.
Le gouvernement hausse le ton. Dans le viseur des autorités, les agents publics en abandon de poste et les détenteurs de matricules multiples qui continuent pourtant de percevoir des salaires.
Selon les chiffres révélés par l’administration, 1 756 agents de l’État seraient actuellement en situation d’abandon de poste. Malgré leur absence, leurs rémunérations continuent d’être versées. Soit plus de 8,18 milliards de francs CFA ont été déboursés par le Trésor public pour des agents qui ne travaillent plus.
Pour mettre fin à cette dérive, l’exécutif annonce l’ouverture prochaine de conseils de discipline. Les agents concernés devront s’expliquer devant l’administration. En l’absence de justification valable, la sanction sera radicale, radiation pure et simple de la Fonction publique.
Mais l’opération va bien au-delà des seuls abandons de poste. Le gouvernement a lancé un audit approfondi du fichier de la Fonction publique et du système de solde afin d’identifier les irrégularités qui fragilisent la gestion des ressources humaines de l’État.
Lors d’une réunion stratégique, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a insisté sur la nécessité d’agir rapidement. Au cœur de la réforme figure l’intégration systématique du Numéro d’identification personnelle (NIP).
Ce dispositif doit permettre de fiabiliser l’identification des agents publics et de lutter contre les fraudes. Certaines personnes disposeraient en effet de plusieurs matricules, leur permettant de percevoir plusieurs salaires simultanément.
L’objectif affiché est de mettre en place un fichier biométrique fiable et transparent pour assainir durablement la Fonction publique.
Parmi les secteurs les plus scrutés par les auditeurs figure l’Éducation nationale. Des irrégularités importantes auraient été détectées dans la gestion des vacations, notamment dans les procédures de paiement.
Les premiers éléments de l’audit évoquent des dysfonctionnements graves, et le dossier pourrait rapidement prendre une dimension judiciaire. Les autorités préviennent que toute personne impliquée devra répondre de ses actes.
Au-delà de la rigueur budgétaire, l’opération porte aussi un enjeu social majeur. L’assainissement du fichier pourrait libérer des postes budgétaires, ouvrant la voie à l’intégration de milliers de jeunes diplômés qui attendent une opportunité d’entrer dans l’administration.
Pour le gouvernement, l’argent public doit rémunérer le travail réel. Si cette opération va jusqu’au bout, elle pourrait contribuer à restaurer la crédibilité de l’État, tout en rétablissant plus d’équité dans l’accès à l’emploi public.
Edouard Dure
