Le 16 janvier 2026, Il est trois heures du matin lorsque le Conseil des Ministres de la CEEAC se termine. Pas de victoire pour le Gabon. Pas même un compromis. Seule une paralysie totale. Le pays, hôte de l’organisation, repart les mains vides.
Il y a six mois, tout semblait possible. Le Gabon pouvait décrocher un poste stratégique de Commissaire, essentiel pour son développement économique et social. Le principe de rotation et une légitimité technique incontestable lui étaient favorables. Aujourd’hui, le pays est isolé.
La stratégie gabonaise a déraillé en janvier. Au lieu de défendre les intérêts économiques notamment les politiques agricoles, le développement humain, le marché commun, les infrastructures essentielles (routes, télécommunications, électricité), Libreville s’est focalisé sur un poste politique. Un choix catastrophique. La République Centrafricaine, mieux positionnée juridiquement et techniquement, a surgi comme favorite.
« C’est un véritable cadeau offert aux autres pays », souffle un diplomate chevronné. « Nous avons sacrifié les postes de développement essentiels, notamment les infrastructures, le marché commun, le développement humain et l’agriculture. »
Dans la salle, la délégation gabonaise est restée inflexible. Pendant que Guinée Equatoriale, Tchad, Congo, Cameroun et Angola multipliaient les propositions de compromis, Libreville campait sur sa position. Trois heures de discussions bloquées. Trois heures de paralysie.
Derrière ce fiasco, des carences structurelles inquiétantes. Méconnaissance des codes diplomatiques régionaux, absence de mémoire institutionnelle, manque de négociateurs expérimentés. L’ancien échec de 2020, celui de 2025, personne ne l’a étudié.
Cette semaine, la Présidence de la CEEAC et la Conférence des Chefs d’Etat trancheront. Trois issues se dessinent .
La RCA obtient le poste. Le Gabon repart bredouille. Probabilité : 60 %.
Libreville arrache le poste, mais au prix d’un isolement durable et de relations détériorées avec Bangui. Probabilité : 10 %.
Un compromis de dernière minute pourrait réattribuer un autre poste. Mais l’obstination gabonaise rend cette option fragile. Probabilité : 30 %.
Les relations avec la RCA, alliée historique, sont fragilisées. La crédibilité du Gabon au sein de la CEEAC est écornée. Le récit du « nouveau Gabon », fondé sur mérite et compétence, s’effondre. Népotisme, clans, mépris de l’expertise, des pratiques de l’ancien régime réapparaissent.
Le Chef de l’Etat est désormais face à un défi majeur. Redresser la diplomatie gabonaise, corriger les failles, restaurer la crédibilité régionale. Les ajustements sont urgents. L’opportunité d’une sortie honorable existe, mais elle dépendra d’un leadership ferme et de changements dans l’appareil diplomatique.
« Le Gabon disposait de tous les atouts pour réussir. Il les a dilapidés en six mois », résume un ancien haut fonctionnaire. La leçon est dure. Mais elle peut devenir un tournant si elle est comprise à temps.
Edouard Dure
