CEEAC : un processus de recrutement biaisé ? 

Le processus de recrutement des nouveaux commissaires de la CEEAC, censé incarner le renouveau institutionnel de l’organisation, est aujourd’hui au cœur d’une vive controverse. Accusations d’irrégularités, favoritisme manifeste, profils douteux… Le recrutement au sein de cette organisation régionale s’apparente à une véritable mascarade.

Alors que la réforme institutionnelle de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) promettait plus de transparence et de rigueur, les événements récents entourant la sélection des nouveaux commissaires ont sérieusement entaché cette promesse. En cause notamment, le poste stratégique de Commissaire au Marché Commun, aux Affaires Économiques et Monétaires.

Des sources internes et externes concordantes rapportent des violations flagrantes des règles communautaires. Plusieurs candidats ont été retenus sans remplir les conditions minimales exigées : diplômes inadaptés, expérience professionnelle insuffisante, falsification manifeste des critères d’éligibilité. Ces faits graves discréditent l’ensemble du processus.

Le cabinet Mazars, chargé d’évaluer les candidatures, a été invité à Libreville en pleine phase de sélection par la commission sortante, un fait inhabituel qui confirme les soupçons de collusion entre certains candidats et des membres influents de l’organisation, notamment autour du candidat camerounais pressenti pour le poste.

Les incohérences s’accumulent. Des profils validés relèvent de disciplines totalement éloignées des fonctions visées, des sociologues positionnés sur des portefeuilles économiques, des philosophes affectés à des départements techniques d’infrastructure. En parallèle, plusieurs experts chevronnés, disposant de références solides, ont été écartés sans motif recevable.

La réaction du Gabon, pays hôte du siège de la CEEAC et acteur clé de la réforme, est très attendue. Déjà informé des anomalies, tous les regards se tournent vers Libreville, appelée à prendre des mesures pour y remédier. C’est une occasion pour la capitale gabonaise de défendre les principes de légalité, de transparence et de bonne gouvernance qu’elle a elle-même portés.

Face à cette dérive organisée, des recours ont été introduits. Plusieurs États membres et candidats écartés ont engagé des démarches auprès des juridictions communautaires pour contester les résultats d’un processus qu’ils qualifient de truqué.

La légitimité des nouveaux commissaires est désormais fortement compromise. La réforme de la CEEAC, censée garantir la crédibilité et l’efficacité de l’organisation, risque de s’effondrer, victime de pratiques opaques et de manipulations internes. Ce n’est plus un simple dysfonctionnement, c’est toute la culture de gouvernance de l’institution qui est remise en cause.

La CEEAC est aujourd’hui à un tournant décisif, faire la lumière sur cette affaire ou sombrer définitivement dans l’opacité.

Edouard Dure

Please follow and like us:
Pin Share

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *