La fin des travaux de la Commission tripartite Éducation–Budget–Fonction publique, intervenue dans la nuit du 13 au 14 janvier 2026, ouvre une séquence décisive pour l’administration gabonaise. Cette concertation interministérielle, longtemps attendue, s’inscrit dans un contexte de fortes tensions sociales et budgétaires, particulièrement visibles dans le secteur éducatif.
Depuis des années, l’école gabonaise évolue dans un équilibre fragile. Retards de recrutement, absence de rémunération pour des enseignants pourtant en poste, statuts précaires et carrières figées ont progressivement installé un malaise profond. Au-delà des agents concernés, c’est la qualité même du service public d’éducation qui s’en est trouvée affectée.
Face à cette situation, la commission a établi un constat de fond. Le différé permanent dans la gestion des ressources humaines n’est plus soutenable. Il produit des déséquilibres durables, mine la confiance des agents et affaiblit l’autorité de l’État.
Les mesures arrêtées traduisent une volonté de correction progressive, mais structurante. La mise en solde de 328 enseignants formés à l’ENS et à l’ENSET met fin à une incohérence administrative persistante, celle de cadres qualifiés maintenus hors du circuit budgétaire malgré des besoins clairement identifiés.
Dans le même esprit, la décision d’accorder un présalaire à plus de 2 600 enseignants issus des écoles normales, du corps scientifique ou des anciens bénévoles constitue une reconnaissance officielle de leur contribution effective au fonctionnement des établissements. Elle marque une première étape vers leur intégration complète dans la Fonction publique.
La régularisation de près de 4 000 dossiers administratifs représente, quant à elle, un levier majeur de stabilisation. Titularisations, avancements et reclassements permettent de redonner une visibilité aux parcours professionnels et de rétablir une chaîne administrative longtemps grippée.
Le calendrier retenu, avec une application progressive à compter de février 2026, témoigne d’un arbitrage prudent. L’État cherche à concilier la nécessité de réparer des situations anciennes avec l’impératif de soutenabilité des finances publiques, évitant ainsi un déséquilibre budgétaire brutal.
L’annonce d’une extension de ce mécanisme à d’autres secteurs, notamment celui de la santé, confirme que cette démarche dépasse le seul cadre de l’éducation. Elle s’apparente désormais à un modèle de régulation administrative appelé à structurer l’action gouvernementale.
La mise en place d’un Comité de suivi et d’évaluation constitue l’un des points les plus sensibles du dispositif. En instaurant ce cadre de contrôle et de redevabilité, les autorités entendent rompre avec les pratiques d’annonces non suivies d’effets, souvent décriées par les agents publics.
En toile de fond, cette séquence reflète la volonté affichée du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, de réaffirmer le rôle de l’État en tant qu’employeur responsable. L’implication directe du Vice-Président du Gouvernement et de plusieurs membres clés de l’exécutif confère à ces engagements une dimension politique assumée.
Pour autant, l’enjeu principal demeure l’exécution. La crédibilité de cette commission se mesurera à la capacité de l’administration à respecter les délais annoncés, à assurer la transparence des procédures et à produire des effets visibles sur le terrain.
Si l’école gabonaise semble entrevoir une phase de stabilisation après des années de précarité administrative, cette perspective reste conditionnée à la matérialisation concrète des décisions. Salaires effectivement versés, carrières clarifiées et administration fonctionnelle.
Dans l’attente, les enseignants sont appelés à reprendre pleinement leurs activités, entre sens du service public et vigilance mesurée.
Les parents d’élèves, pour leur part, nourrissent une attente simple mais essentielle. Voir les enfants regagner durablement leurs salles de classe, sans nouvelles interruptions liées aux grèves, afin de garantir la continuité pédagogique et un apprentissage serein, stable et de qualité.
Jean 1er
