Face aux OPJ, Eddy Minang trace une ligne rouge : la loi ou la sanction

Face aux officiers de police judiciaire, le procureur général près la Cour d’appel de Libreville, Dr Eddy Narcisse Minang, a livré un recadrage sans précédent. Compétence territoriale, respect strict des procédures et protection des libertés individuelles : sous la Ve République, la police judiciaire est sommée de se conformer à la loi, sous peine de sanctions lourdes.

Réunis le 15 janvier 2026 au palais de justice de Libreville, les officiers de police judiciaire (OPJ) de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale ont été confrontés à un message d’une rare fermeté. Le procureur général Eddy Minang n’a laissé aucune zone d’ombre : la police judiciaire n’est ni autonome, ni transactionnelle, encore moins arbitraire.

Premier rappel de taille, la compétence territoriale. Le tribunal de première instance de Ntoum, pleinement opérationnel depuis le 30 mai 2025, est désormais seul habilité à connaître des affaires relevant des départements du Komo-Mondah, du Komo-Kango et de la Noya. Tout déferrement vers Libreville en violation de cette règle constitue une atteinte à l’ordre public procédural et entraînera le rejet pur et simple des procédures concernées. Les auteurs de ces manquements s’exposent à des sanctions disciplinaires sévères.

Sur le terrain procédural, le procureur général a rappelé un principe fondamental du Code de procédure pénale. La police judiciaire agit exclusivement sous la direction du parquet. Les enquêtes menées sans information préalable du procureur, les instructions reçues d’autorités non habilitées ou encore l’ingérence dans des litiges civils, fonciers ou sociaux ont été formellement dénoncées. Ces pratiques, loin d’être anodines, fragilisent l’action judiciaire et sapent la confiance des citoyens dans les institutions.

Le magistrat s’est ensuite attaqué aux dérives financières. Les règlements transactionnels opérés dans certaines unités judiciaires, notamment les paiements exigés pour le retrait de plaintes, ont été qualifiés de pratiques illégales et répréhensibles. « Le dépôt d’une plainte est gratuit », a-t-il martelé, mettant en garde contre des poursuites disciplinaires et pénales à l’encontre des contrevenants.

La question des droits humains a constitué le cœur du recadrage. Gardes à vue prolongées sans autorisation écrite, disparition d’effets personnels, diffusion d’images de suspects ou de victimes sur les réseaux sociaux, autant d’atteintes graves à la présomption d’innocence et aux libertés individuelles. Le procureur général a rappelé que la garde à vue est strictement encadrée par la loi, limitée dans le temps et soumise à un contrôle permanent du parquet.

Enfin, les dérives observées lors des contrôles routiers et les entraves à l’exécution des décisions de justice ont été sévèrement pointées. Absence de signalisation, perception abusive d’amendes, confiscation irrégulière de documents ou refus d’exécuter les réquisitions judiciaires constituent, selon Eddy Minang, de véritables entraves à l’action de la justice.

Au-delà d’un simple rappel à l’ordre, cette sortie ferme du procureur général marque un tournant institutionnel. Sous la Ve République, l’efficacité sécuritaire ne peut plus se construire en marge de la loi. La police judiciaire est appelée à produire des résultats, certes, mais dans un cadre strict de légalité, de probité et de respect des droits fondamentaux.

Un signal fort envoyé aux OPJ, et un message rassurant pour les citoyens, désormais, la justice gabonaise entend conjuguer autorité et légitimité.

Jean 1er

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