La première session ordinaire 2026 du Conseil Économique, Social, Environnemental et Culturel (CESEC) est officiellement lancée. Le ton est solennel. L’enjeu, stratégique. Face au Vice-Président du Gouvernement et aux représentants des institutions, le président du CESEC, Guy Bertrand Mapangou affirme son ambition de faire de cette institution un pilier du dialogue national. Pas un organe consultatif de façade. Mais une vigie républicaine.
Une institution au carrefour de l’État et de la société selon les orientations des plus hautes autorités. Sa mission est d’éclairer l’Exécutif et le Parlement par des avis argumentés. Anticiper les crises. Relayer les préoccupations des territoires, des acteurs économiques, des organisations sociales, des communautés culturelles et de la diaspora.
La diversité de sa composition est présentée comme sa force. ONG, confessions religieuses, autorités traditionnelles, collectivités locales, représentants économiques et sociaux. Le CESEC se veut l’image plurielle de la Nation.
Premier dossier brûlant, la recrudescence des crimes crapuleux. Le CESEC propose d’ouvrir un débat sur un éventuel retour de la peine de mort. Une question hautement sensible dans un pays qui l’a abolie.
Le Conseil se défend de toute posture radicale. Il ne s’agit pas, affirme-t-il, de rompre avec les principes des droits humains. Encore moins d’ériger la peine capitale en solution unique.
Face à la brutalité des crimes et au sentiment d’insécurité croissant, le CESEC estime qu’il faut interroger l’efficacité de l’arsenal répressif actuel. L’équilibre est délicat. Humanisme d’un côté. Fermeté de l’autre.
La réflexion se veut globale. Sécurité, justice, législation, prévention, éducation, réinsertion. Aucun levier ne doit être écarté.
Sur instruction du Président de la République, le Conseil mènera pendant 21 jours une consultation élargie des forces vives de la Nation. Il est question de proposer des réponses concrètes à un phénomène jugé alarmant.
Second thème majeur, l’Iboga, plante emblématique du Gabon. Considéré comme patrimoine culturel sacré et ressource à fort potentiel médical, l’Iboga est présenté comme un levier économique stratégique.
Le constat est sévère. La filière reste peu structurée. Le risque de surexploitation et de biopiraterie est réel. Des laboratoires étrangers multiplient les brevets et développent des cliniques à l’international.
Le CESEC appelle à une réaction forte. Structurer une filière responsable. Encadrer la recherche scientifique. Protéger juridiquement les savoirs traditionnels.
L’idée est de faire de l’Iboga un moteur de diversification économique et un instrument de souveraineté scientifique.
Le Conseil plaide pour sa reconnaissance comme patrimoine national inaliénable. Le message est politique, le Gabon ne doit plus être spectateur de la valorisation de ses propres richesses.
Le CESEC revient également sur ses travaux de septembre 2025. Sur la gouvernance de l’eau et l’approche Nexus Eau-Énergie-Alimentation-Écosystème, il avait recommandé une coordination interministérielle renforcée et une territorialisation accrue des politiques publiques.
En matière foncière, le Conseil avait plaidé pour une réforme profonde du système. L’Objectif est de concilier droit traditionnel et droit moderne afin de soutenir la croissance et réduire la pauvreté.
Concernant la loi de finances 2026, le CESEC avait appelé à la prudence. Contexte international instable. Inflation persistante. Volatilité des marchés.
Il salue aujourd’hui la suspension de certaines taxes sur des produits alimentaires et matériaux de construction, tout en appelant à la vigilance face aux pratiques abusives de certains commerçants.
Dans un climat social tendu, notamment dans le secteur de l’éducation, le CESEC lance un appel à une trêve sociale.
Il estime qu’une pause négociée entre Gouvernement et partenaires sociaux peut favoriser l’apaisement et créer les conditions d’un règlement durable des tensions.
La trêve n’est pas un renoncement, insiste-t-il. Elle serait un levier stratégique pour accompagner la relance économique engagée par le Président de la République.
Le message est sans ambiguïté. Sans paix sociale, ni croissance ni réforme ne peuvent prospérer.
Le CESEC place cette première session 2026 sous le signe de l’action. Entre Criminalité, souveraineté scientifique, réformes structurelles, stabilité sociale, les défis sont lourds. Les attentes élevées.
Dans un contexte de transition politique et de redéfinition des priorités nationales, le CESEC entend s’imposer comme un acteur central du débat public. Le signal est donné.
Les travaux sont ouverts. Le temps des analyses commence. Et Celui des choix suivra.
Ethan De Sillon
