Dans une déclaration conjointe forte et émotive, les membres du Collectif des victimes des événements du 31 août 2016 notamment Cyrille Lemboumbou, Oye Nkizo’o Soulamithe et César Mavioga ont interpellé le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, sur le sort des victimes des violences politiques survenues entre 2009 et 2016.
Face aux médias réunis dans une place de Libreville, les représentants du collectif ont dénoncé « l’impunité persistante » et « l’oubli institutionnalisé » qui frappent les victimes des répressions sanglantes orchestrées durant les années Bongo.
« Le silence ne doit pas être la réponse face à la souffrance humaine », ont-ils martelé. Pour eux, la récente libération controversée de la famille Bongo, exfiltrée dans des conditions opaques, constitue une gifle pour ceux qui portent encore dans leur chair les séquelles de cette époque.
Blessés par balles, amputés, traumatisés, torturés ou emprisonnés illégalement, les survivants dénoncent l’indifférence prolongée des autorités.
Lors de son accession au pouvoir, à la suite du coup d’État du 30 août 2023, le Général Oligui Nguema avait promis la mise en place d’une Commission Vérité, Justice et Réparation. Deux ans plus tard, les victimes attendent toujours. Et l’attente devient, selon elles, une seconde blessure.
Le collectif appelle le Président à annoncer publiquement une date de lancement pour les travaux de cette commission. « Il est temps d’agir. Il est temps de panser les plaies. »
Les intervenants ont rappelé que les violences de 2009 à 2016, en particulier celles ayant suivi les élections présidentielles sont reconnues par la communauté internationale comme des crimes contre l’humanité.
Ils soulignent que le Gabon a signé plusieurs traités internationaux, dont la Déclaration universelle des droits de l’homme, s’engageant ainsi à protéger la vie, la dignité et la liberté de ses citoyens. Des engagements trahis, disent-ils, par les dérives passées du pouvoir.
Dans leur message, les victimes en appellent aux journalistes, au « quatrième pouvoir », pour relayer leur cri de détresse. Elles exigent vérité, transparence et responsabilité. « Sans justice, pas de paix durable. Sans réparation, pas de réconciliation. »
Le collectif sollicite une audience directe avec le Chef de l’État pour poser les bases d’un programme d’action concret en vue de restaurer la dignité des Gabonais meurtris, garantir leurs droits, et tourner enfin la page des heures sombres de la République.
Les mots sont clairs, les demandes précises. Ce 9 juillet à Libreville, les victimes ont rompu le silence pour rappeler au pouvoir que la justice ne peut être différée indéfiniment.
Ethan De Sillon
