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Gabon : l’urgence d’une relance économique fondée sur la diversification et la vérité

Selon Francis Jean Jacques Evouna, l’économie gabonaise se trouve à un tournant décisif. Trop longtemps dépendante du pétrole, qui représente près de 60 % des exportations, elle doit désormais se réinventer. La diversification n’est plus une simple option, c’est une nécessité stratégique.

L’objectif est de bâtir une économie résiliente, capable de générer une richesse durable et de créer des emplois. Cela exige une transformation profonde du modèle actuel.

Le Gabon dispose d’atouts considérables, encore faut-il les exploiter efficacement. L’agriculture et la pêche doivent devenir des piliers, afin d’atteindre l’autosuffisance alimentaire et de réduire des importations estimées entre 300 et 400 milliards de FCFA par an, générant ainsi des milliers d’emplois.

Le bois représente également une opportunité majeure. Il est essentiel d’intensifier la transformation locale et d’exporter des produits finis plutôt que des matières brutes, pour augmenter significativement la valeur ajoutée.

Le secteur minier, notamment le manganèse, doit être exploité de manière stratégique et durable. Par ailleurs, l’écotourisme et le numérique offrent des perspectives nouvelles, capables de repositionner le Gabon comme un acteur moderne et attractif.

Cependant, aucune relance économique n’est possible sans un secteur privé fort. Il est urgent de simplifier les procédures administratives et de faire de la digitalisation la norme. L’État doit également honorer sa dette intérieure pour restaurer la confiance.

L’accès au financement reste un obstacle majeur pour les PME et TPE, et il doit être levé rapidement. La transparence est tout aussi essentielle, notamment dans la mise en œuvre des réformes relatives aux marchés publics et à la gestion des ressources pétrolières.

Le chômage des jeunes, qui atteint environ 38 %, nécessite une refonte du système éducatif pour l’adapter aux besoins réels du marché du travail. L’entrepreneuriat doit être encouragé, les jeunes doivent être accompagnés, financés et formés. L’auto-emploi n’est plus une alternative, mais une priorité.

Le développement économique repose aussi sur des infrastructures solides. Routes, transports et logistique doivent être modernisés pour faciliter les échanges et réduire les coûts. L’intégration régionale constitue une opportunité supplémentaire : la participation active à la Zone de libre-échange continentale africaine peut stimuler les exportations et dynamiser les échanges.

Le modèle économique doit évoluer. Passer d’une économie brune à une économie verte est indispensable. Le Gabon possède un capital naturel exceptionnel, qui doit être valorisé intelligemment. La biodiversité doit être intégrée dans les indicateurs économiques, à la fois comme levier de croissance et comme responsabilité.

Ce programme ambitieux a reçu un large soutien, mais sa réussite dépend d’un facteur clé : la cohérence. La communication politique doit changer : l’omission sélective, cet oubli volontaire des faits dérangeants, fragilise la crédibilité de l’action publique et doit cesser. Le cap doit rester fixé sur les priorités, rien d’autre.

Gouverner, c’est assumer. Réformer, c’est convaincre. Relancer, c’est agir avec lucidité et constance.

 Propos recueillis par N.M.

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