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Gabon – Royaume-Uni : Derrière la coopération, le dossier explosif de la famille Bongo

Présentée comme une simple rencontre diplomatique, l’audience entre le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et le nouveau Haut-Commissaire du Royaume-Uni, Simon Day, a abordé bien plus que les sujets officiels.

Reçu mardi 7 octobre au Palais du Bord de Mer, le diplomate britannique a évoqué avec le chef de l’État les grands axes du partenariat bilatéral, investissements, climat, développement.

Les deux parties ont affiché leur volonté de renforcer une coopération multisectorielle, notamment en vue de la COP30 prévue en novembre 2025 à Belém (Brésil). Le Gabon, reconnu pour son engagement en faveur de la biodiversité, souhaite y jouer un rôle moteur, avec le soutien affirmé de Londres.

Mais selon plusieurs sources concordantes, un dossier plus sensible s’est glissé dans les discussions, le retour au Gabon de Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddin Bongo Valentin, actuellement à Londres après une évacuation sanitaire en 2024. Tous deux sont poursuivis pour corruption, détournement de fonds publics et blanchiment d’argent, et leur comparution au procès prévu en novembre est exigée par Libreville.

Pour les autorités gabonaises, l’exil médical ne saurait justifier une absence devant la justice. Ce procès, présenté comme un symbole fort de la lutte contre l’impunité, s’inscrit dans la volonté affichée du président Brice Clotaire Oligui Nguema de « restaurer l’autorité de l’État » et de « rompre avec les pratiques du passé », depuis le coup d’État du 30 août 2023.

Interrogé à la sortie de l’entretien, Simon Day a salué « la franchise du dialogue » et mis en avant « le respect mutuel et la transparence ». Aucune déclaration officielle n’a été faite sur le dossier Bongo. Toutefois, selon la même source, le Foreign Office examine la demande gabonaise avec attention, soucieux de préserver ses relations avec Libreville tout en respectant le droit international.

Pour le régime en place, ce procès dépasse l’enjeu judiciaire. Il vise à affirmer une rupture avec l’ère Bongo et à restaurer la crédibilité de l’État. Mais pour convaincre, il devra aussi répondre aux standards d’équité et de transparence. Le sort judiciaire de Sylvia Bongo et de Noureddin Valentin pourrait ainsi devenir un point de tension entre le Gabon et le Royaume-Uni, révélateur des défis d’un pouvoir qui veut se montrer à la fois juste et implacable.

Edouard Dure

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