Une maison ordinaire cachait une activité aux conséquences potentiellement graves pour la santé publique. À l’issue d’une opération d’envergure, la Direction générale des services spéciaux (DGSS) a démantelé un réseau clandestin spécialisé dans le reconditionnement frauduleux d’huile alimentaire. Derrière cette affaire, les enquêteurs découvrent une organisation structurée, capable d’inonder le marché gabonais de produits falsifiés.
Ce Mercredi 22 juillet, les agents de la DGSS, appuyés par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ainsi que par l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA), ont investi un site de production dissimulé derrière une habitation.
À l’intérieur, les enquêteurs ont découvert une véritable chaîne artisanale de reconditionnement. Remplissage des bouteilles, étiquetage et emballage étaient réalisés dans un environnement jugé insalubre par les inspecteurs de l’AGASA. Les conditions de production, loin des normes sanitaires en vigueur, exposaient directement les consommateurs à des risques sanitaires.
Les saisies sont importantes. Des bouteilles d’huile Rose conditionnées en format de 250 millilitres, de l’huile Viking ainsi qu’un volumineux stock d’emballages prêts à être commercialisés. Les premiers éléments de l’enquête indiquent que de l’huile Viking importée d’Inde était reconditionnée localement avant d’être vendue sous d’autres marques, notamment Cuisine Or, portant atteinte à l’intégrité de produits reconnus sur le marché gabonais.
Les investigations révèlent surtout un dispositif soigneusement organisé. Le site disposait d’un système d’alimentation solaire lui permettant de poursuivre ses activités même en cas de coupure d’électricité, preuve d’une organisation pensée pour durer et échapper aux contrôles.
Placée sous la supervision du procureur de la République, l’opération a conduit à l’interpellation de plusieurs personnes, dont des ressortissants chinois et leurs collaborateurs ouest-africains. Les enquêteurs s’emploient désormais à établir les responsabilités individuelles et à remonter l’ensemble de la filière.
Les recherches se sont ensuite étendues à un entrepôt de la société SODIPAD, dans la zone industrielle d’Oloumi. Les agents y ont découvert d’importantes quantités de cigarettes de contrebande, une saisie qui laisse entrevoir un réseau de commerce illicite plus vaste que celui de la seule contrefaçon d’huile alimentaire.
L’usine clandestine a été placée sous scellés et l’ensemble des marchandises saisi par la justice. Les investigations se poursuivent afin d’identifier tous les maillons de cette organisation.
Cette opération envoie un signal fort dans la lutte contre les réseaux de fraude. La contrefaçon alimentaire ne porte pas seulement atteinte à l’économie : elle constitue avant tout un danger pour la santé publique. À l’image de certaines boissons alcoolisées importées d’Inde, dont les étiquettes précisent qu’elles sont exclusivement destinées au marché africain et interdites à la vente sur le territoire indien, ces pratiques soulèvent de sérieuses interrogations sur la qualité et la traçabilité des produits mis en circulation. Elles fragilisent la confiance des consommateurs et rappellent la nécessité d’un contrôle rigoureux de tous les produits destinés à la consommation.
Edouard Dure
