Le Gabon change d’échelle. Avec 3 518 621 habitants en 2026, le pays affiche une population presque deux fois supérieure à celle recensée en 2013. En homologuant ces résultats, la Cour constitutionnelle ne valide pas seulement une statistique : elle livre une nouvelle photographie du pays, marquée par une forte concentration dans l’Estuaire et de profondes disparités entre les territoires.
La donnée est désormais gravée dans le marbre institutionnel. La Cour constitutionnelle a homologué les résultats du Recensement général de la population et des logements (RGPL), après examen des données transmises par le Gouvernement et auditions des principales autorités administratives et locales.
Avec 2 184 908 habitants, l’Estuaire domine largement la nouvelle carte démographique. La province concentre à elle seule l’essentiel de la population nationale, loin devant le Haut-Ogooué, qui compte 297 100 habitants, et l’Ogooué-Maritime, avec 292 652 habitants.
À l’inverse, la Nyanga apparaît comme la province la moins peuplée, avec 68 215 habitants. L’Ogooué-Lolo en compte 75 128, l’Ogooué-Ivindo 93 482 et le Moyen-Ogooué 105 703. La Ngounié atteint 159 404 habitants, tandis que le Woleu-Ntem en totalise 242 029.
Cette répartition met en lumière une réalité ancienne, mais désormais quantifiée avec davantage de précision, le poids démographique du Grand Libreville et, plus largement, de l’Estuaire. Elle pose aussi la question de l’équilibre territorial dans un pays où les dynamiques de peuplement restent très contrastées.
La Cour constitutionnelle n’a toutefois pas occulté les fragilités du processus. Les opérations ont été jugées globalement satisfaisantes, mais certaines zones n’ont pas été entièrement couvertes. Les difficultés de transport et l’état des voies d’accès, particulièrement contraignants selon les saisons, ont compliqué le travail des agents recenseurs.
Le département de Ndougou, dans l’Ogooué-Maritime, a notamment retenu l’attention de la Haute Juridiction. Les populations y ont été dénombrées par des agents recenseurs de la Nyanga. Une situation expliquée par les contraintes d’accessibilité de la zone, sans conséquence, selon le Gouvernement, sur l’identification des secteurs de dénombrement.
Ces réserves n’ont pas empêché l’homologation. Elles rappellent cependant qu’au Gabon, mesurer la population demeure aussi un défi logistique et territorial.
Car derrière les 3,5 millions d’habitants se dessine une autre question, plus décisive, que fera l’État de cette nouvelle connaissance du pays ? Écoles, hôpitaux, logements, routes, emplois, services publics. Les chiffres n’ont de valeur que s’ils deviennent des instruments de décision.
En 2013, le Gabon comptait 1 811 079 habitants. Treize ans plus tard, le pays doit composer avec une réalité démographique profondément renouvelée. Le recensement vient d’en dresser la carte. Il appartient désormais aux politiques publiques d’en écrire la trajectoire.
Edouard Dure
