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À Libreville, le marché informel de l’eau est désormais dans le collimateur des autorités

La vente d’eau par camions-citernes est désormais dans le viseur du gouvernement. En qualifiant cette activité d’« illicite », le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, sonne la fin de la tolérance face à un marché parallèle qui prospère depuis des années sur les insuffisances du réseau public. Une offensive qui répond à une colère populaire grandissante et soulève des enjeux majeurs de gouvernance, de santé publique et de justice sociale.

Le ton est ferme, le message sans ambiguïté. Philippe Tonangoye a choisi de frapper fort en affirmant que la commercialisation de l’eau par camions-citernes constitue une activité illégale. Une déclaration qui marque un tournant dans la gestion d’un secteur longtemps laissé à lui-même et où règnent opacité, spéculation et absence de contrôle.

Face à l’essor incontrôlé de ce commerce, le ministre annonce la préparation de mesures réglementaires qui seront prochainement examinées en Conseil des ministres. L’ambition affichée est de démanteler un système parallèle qui s’est progressivement installé au cœur des difficultés d’approvisionnement en eau potable et qui tire profit des carences du service public.

Cette situation alimente depuis plusieurs années un profond sentiment d’injustice au sein de la population. Dans de nombreux quartiers, des ménages déjà confrontés à des coupures récurrentes se voient contraints d’acheter à prix élevé une ressource pourtant essentielle. Beaucoup dénoncent également la prédominance d’opérateurs expatriés dans cette activité lucrative, tandis qu’une grande partie des Gabonais continue de subir les conséquences d’un accès irrégulier à l’eau.

Au-delà de la question économique, les conséquences sur le réseau de distribution suscitent de vives préoccupations. Les opérations de remplissage des citernes entraînent régulièrement des baisses de pression qui affectent directement les abonnés de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG). Dans plusieurs zones urbaines, les habitants constatent une diminution brutale du débit, voire des interruptions temporaires, au moment où les camions s’approvisionnent massivement sur le réseau.

La problématique sanitaire constitue un autre motif d’alarme. Une eau transportée et stockée en dehors de tout cadre réglementaire peut devenir un vecteur de contamination. Entre l’absence de traçabilité, le manque de contrôle sur l’état des cuves et les risques bactériologiques, les interrogations sont nombreuses. Dans un contexte où les maladies liées à l’eau demeurent une préoccupation récurrente, les autorités estiment qu’il n’est plus possible de laisser prospérer un circuit échappant à toute surveillance.

Par ailleurs, les soupçons persistants de complicités internes continuent d’alimenter les débats. Une partie de l’opinion publique s’interroge sur les conditions ayant permis à cette activité de se développer à une telle échelle. Pour beaucoup, un commerce aussi structuré ne pourrait fonctionner durablement sans bénéficier de soutiens ou de protections au sein de certains rouages du système. Si ces allégations devaient être établies, elles mettraient en lumière de sérieuses failles dans la gouvernance du secteur de l’eau.

À travers cette offensive contre le marché informel de l’eau, Philippe Tonangoye entend restaurer l’autorité de l’État sur une ressource stratégique et protéger les populations contre les dérives d’un système devenu incontrôlable.

Edouard Dure

 

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