Deux mois de salaires impayés, des engagements toujours attendus et une fusion qui peine à produire ses effets : la crise sociale franchit un nouveau cap à la Compagnie nationale de transport (CNT). Les anciens agents de la SOGATRA ont décidé de suspendre leurs activités dès ce samedi 18 juillet à 00 heure, plongeant l’entreprise publique dans une nouvelle zone de turbulence.
Le bras de fer est désormais engagé. Réunis en assemblée générale vendredi 17 juillet à Libreville, les ex-agents de la Société gabonaise de transport (SOGATRA) ont annoncé une grève générale illimitée. Leur revendication est précise : obtenir le paiement des deux mois d’arriérés de salaires qu’ils réclament depuis plusieurs semaines.
Pour les organisations syndicales, cette mobilisation est la conséquence d’une situation devenue intenable. Les travailleurs dénoncent un manque de visibilité et regrettent l’absence de solutions concrètes malgré les démarches engagées.
La frustration est renforcée par un sentiment d’inégalité au sein de la nouvelle compagnie. Les anciens agents de la SOGATRA estiment que leurs collègues issus de l’ex-Trans’Urb bénéficieraient d’un traitement salarial plus régulier. Une différence de situation qu’ils jugent injuste et incompatible avec l’objectif d’unification porté par la création de la CNT.
Mais derrière la question des salaires se cache une crise plus profonde : celle de la transition administrative et sociale née de la fusion entre les deux anciennes entités. Les travailleurs dénoncent plusieurs blocages, notamment l’absence de signature du traité de fusion et le retard dans la mise en œuvre des avenants aux contrats de travail.
Ces documents doivent pourtant définir clairement le nouveau cadre professionnel des employés et garantir leurs droits au sein de la compagnie issue du regroupement.
La création de la CNT avait été présentée comme une réforme stratégique destinée à moderniser le transport public gabonais. L’ambition était de réunir les moyens humains et matériels de la SOGATRA et de Trans’Urb pour bâtir un opérateur plus efficace, capable d’améliorer ses performances et de réduire progressivement sa dépendance aux financements publics.
Aujourd’hui, cette promesse se heurte aux réalités du terrain. Les difficultés sociales fragilisent l’image d’une réforme encore en construction et interrogent sur la capacité de la nouvelle structure à atteindre ses objectifs.
La balle est désormais dans le camp de la direction de la CNT et des autorités de tutelles. Car au-delà des deux mois de salaires impayés, c’est la crédibilité de toute une réforme qui se joue. La sortie de crise exigera des réponses rapides, des engagements tenus et une vision claire pour éviter que la promesse d’un transport public modernisé ne reste qu’une ambition inachevée.
Edouard Dure
