La vision du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, en faveur de la transformation et de la modernisation de Libreville est globalement saluée par les populations. Désengorger les grandes artères, réorganiser l’espace urbain, améliorer le cadre de vie et moderniser les infrastructures répondent à des attentes largement partagées. Le débat porte donc moins sur la nécessité de ces transformations que sur leur mise en œuvre.
Le paradoxe est là. Entre l’orientation présidentielle et son application sur le terrain, c’est désormais la méthode qui suscite des interrogations. Une politique de transformation ne peut, en effet, se résumer à des opérations de déguerpissement conduites dans l’urgence. Elle suppose anticipation, information, concertation et accompagnement des populations concernées.
À Libreville, les tensions se concentrent notamment sur l’axe Lycée Avorbam–Carrefour 9 Provinces, où des opérations de destruction sont annoncées ce mardi 25 août. Les riverains ne contestent pas nécessairement le projet, mais souhaitent davantage de clarté sur le recensement des personnes et des biens affectés, les délais et les mesures d’accompagnement.
Même préoccupation autour de la barrière de la Cité de la Démocratie, où les habitants situés dans un périmètre de 80 mètres sont appelés à libérer les emprises pour des travaux annoncés comme imminents. Plusieurs affirment ne pas encore avoir été identifiés. Une consultation annoncée avec le gouverneur le lundi 24 août a par ailleurs été reportée.
La modernisation de Libreville est nécessaire et urgente. Mais sa réussite dépendra aussi de la capacité des pouvoirs publics à préserver la confiance des populations.
Informer avant de déplacer, identifier avant de démolir, évaluer avant de compenser et accompagner avant de reloger : ces principes ne remettent pas en cause la vision présidentielle. Ils doivent au contraire permettre de la traduire avec davantage de rigueur et d’efficacité.
À Avorbam, aux 9 Provinces comme autour de la Cité de la Démocratie, l’enjeu est désormais de faire coïncider l’ambition de transformer Libreville avec une méthode qui rassure ceux qui en subiront directement les conséquences.
Construire vite, oui. Construire sans brutalité, surtout.
Edouard Dure
