Le gasoil reprend progressivement le chemin des stations-service du Grand Libreville. Après plusieurs jours de fortes tensions, la SGEPP a intensifié les opérations de chargement et de livraison. Une accalmie se dessine, mais elle ne règle pas la fragilité de fond : le Gabon reste fortement dépendant des importations pour couvrir ses besoins en carburants.
À Owendo, principal centre de stockage et de distribution des produits pétroliers, plusieurs dizaines de camions-citernes ont repris les chargements dimanche. Ils ravitaillent progressivement les stations de Libreville, Akanda, Owendo et de l’intérieur du pays. Plusieurs points de vente ont déjà recommencé à servir du gasoil, après des jours marqués par les files d’attente et les déplacements d’une station à l’autre.
L’amélioration reste cependant graduelle. Certaines localités connaissent encore des difficultés. La priorité est donc d’accélérer les rotations, de reconstituer les stocks et de rétablir une desserte régulière sur l’ensemble du territoire.
Cette crise met surtout en lumière une vulnérabilité structurelle. Le Gabon produit du pétrole brut, mais ses capacités de raffinage ne suffisent pas à satisfaire la demande nationale. La SOGARA, seule raffinerie du pays, fournit environ 40 % des carburants consommés. Le complément, soit près de 60 %, provient des importations.
Cette dépendance rend le marché national sensible aux fluctuations internationales et aux contraintes logistiques. La forte progression du prix du gasoil sur le marché mondial et le franchissement des 100 dollars par le baril de Brent accentuent la pression sur les approvisionnements. Dans le même temps, les prix à la pompe sont restés inchangés depuis janvier 2024, ce qui limite l’impact immédiat sur les consommateurs, mais accroît l’effort financier de l’État.
La réponse doit donc dépasser la seule gestion de l’urgence. À court terme, le gouvernement mise sur les importations pour rétablir les stocks. L’arrivée annoncée d’un navire dans la soirée du 3 octobre doit contribuer à fluidifier l’approvisionnement du Grand Libreville, avant une amélioration progressive dans les autres provinces.
À moyen terme, l’exécutif entend renforcer l’outil existant. Les études confiées à Technip Energies portent notamment sur l’ajout de quatre bacs de stockage. L’audit lancé sur la SOGARA doit également permettre d’évaluer précisément ses capacités et de déterminer les investissements nécessaires à sa modernisation.
À plus long terme, l’objectif est de réduire la dépendance aux produits raffinés importés. Le projet d’une nouvelle raffinerie à Port-Gentil constitue l’un des principaux leviers de cette stratégie. Il s’agit d’accroître les capacités nationales de production et de disposer d’un dispositif plus résilient face aux chocs extérieurs.
Reste la question du coût. La subvention aux carburants représente 55,3 milliards de FCFA dans la loi de finances rectificative 2026. Pour mieux protéger les ménages vulnérables sans alourdir indéfiniment cette charge, le gouvernement travaille parallèlement à un ciblage plus précis des aides, notamment à travers le Registre social unique.
Le retour progressif du gasoil dans les stations apporte un premier soulagement. Mais l’épisode rappelle une réalité essentielle : la sécurité énergétique ne se décrète pas au moment de la pénurie. Elle se construit en amont, par des capacités de raffinage suffisantes, des stocks sécurisés et une chaîne logistique solide.
Pour le Gabon, le véritable défi est désormais de passer de la gestion des urgences à la maîtrise durable de son approvisionnement.
Ethan De Sillon
