Le silence des prétoires inquiète. Face à l’absence prolongée des sessions criminelles ordinaires depuis le début de l’année judiciaire 2025-2026, SOS Prisonniers Gabon tire la sonnette d’alarme. L’organisation a officiellement saisi, ce mercredi 3 juin, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux chargé des Droits humains, afin de dénoncer une situation qu’elle juge préoccupante pour les droits des détenus et le bon fonctionnement de la justice.
Selon l’organisation, aucune session criminelle ordinaire n’aurait été organisée à travers le pays depuis la rentrée judiciaire d’octobre 2025. Une situation qui contraste avec les exigences du Code de procédure pénale gabonais.
L’article 210 prévoit en effet que les sessions de la Cour criminelle se tiennent tous les trois mois au cours de l’année judiciaire. Or, près de neuf mois se sont écoulés sans qu’une seule session ne soit organisée. À quelques mois de la clôture de l’année judiciaire, ce retard soulève de sérieuses interrogations sur le respect des garanties procédurales accordées aux justiciables.
Au cœur des préoccupations figure le droit fondamental d’être jugé dans un délai raisonnable. Chaque report prolonge l’attente de nombreux détenus dont les dossiers demeurent en souffrance, parfois depuis plusieurs années.
D’après les informations recueillies par l’association, les difficultés budgétaires auxquelles font face les juridictions expliqueraient en partie cette paralysie. Si le manque de ressources constitue une réalité, il ne peut cependant justifier durablement le ralentissement de l’action judiciaire au détriment des droits des citoyens.
Cette situation met en lumière les fragilités persistantes du système judiciaire gabonais. L’indépendance de la justice ne repose pas uniquement sur les textes, elle exige également des moyens humains, matériels et financiers à la hauteur de ses missions.
L’alerte est d’autant plus préoccupante que plus de 70 % de la population carcérale gabonaise est constituée de personnes en attente de jugement. Cette proportion élevée témoigne du recours massif à la détention préventive et contribue à une surpopulation carcérale chronique.
Ce retard judiciaire fragilise donc un principe essentiel de l’État de droit, la présomption d’innocence. Maintenir des personnes en détention pendant de longues périodes sans jugement nourrit un sentiment d’injustice et affaiblit la confiance des citoyens envers l’institution judiciaire.
À travers sa démarche, SOS Prisonniers Gabon appelle les autorités à prendre les mesures nécessaires pour permettre la reprise rapide des sessions criminelles sur l’ensemble du territoire national. L’objectif est de garantir les droits des détenus et d’assurer l’application effective des dispositions légales encadrant le fonctionnement de la justice pénale.
Car une justice qui tarde à juger n’accumule pas seulement des dossiers. Elle expose des vies à l’attente, nourrit les frustrations et ébranle progressivement les fondements mêmes de l’État de droit.
Jean 1er
