La situation devient critique pour La Santé Pharmaceutique. Alors que les médicaments commandés par le ministère de la Santé ont été livrés et distribués dans les structures sanitaires, le règlement de la facture se fait toujours attendre. Trois mois après cette opération, l’entreprise demeure privée des ressources qui auraient pu amorcer son redressement. À l’usine de Nkok, l’activité reste paralysée et les conséquences de cette asphyxie financière s’alourdissent de jour en jour.
Ce blocage intervient pourtant dans un contexte où le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a clairement exprimé sa volonté de renforcer la production pharmaceutique locale et de garantir l’accès des populations aux médicaments. En instruisant les acteurs du secteur de redynamiser cette filière stratégique, le chef de l’État avait ouvert la voie à une relance de l’outil industriel national. La commande passée à l’entreprise devait justement traduire cette orientation en actes.
Mais entre les ambitions affichées et leur mise en œuvre, le décalage est désormais manifeste. Depuis près de dix mois, La Santé Pharmaceutique traverse une crise profonde, marquée par l’arrêt de ses activités, l’épuisement de sa trésorerie et l’accumulation des difficultés sociales. Le paiement de la commande aurait pourtant permis de reconstituer une partie de ses capacités financières, de préparer le redémarrage des équipements et d’engager l’apurement des salaires impayés.
Sur le terrain, près d’une centaine de salariés subissent directement les effets de cette paralysie. Privés de leur activité professionnelle, ils voient leurs conditions de vie se dégrader, tandis que plusieurs tonnes de médicaments risquent de devenir inutilisables faute d’écoulement dans les délais. Derrière cette défaillance financière se joue donc aussi le devenir de nombreuses familles et la préservation d’investissements industriels déjà réalisés.
« Les médicaments ont été livrés au ministère de la Santé, puis distribués dans les différents centres de santé. Mais depuis, aucune suite n’a été donnée. Nous avons des loyers à payer, des enfants à scolariser et des familles à nourrir. Le paiement de cette dette aurait permis de relancer l’usine et de régler une partie de nos salaires impayés », témoigne un salarié, qui sollicite une nouvelle intervention du chef de l’État.
Selon une source proche de la comptabilité, le dossier serait désormais confronté à des lenteurs dans le circuit administratif et financier. Le ministère de la Santé aurait effectué les démarches relevant de ses compétences, tandis que le traitement de la facture dépendrait à présent des services du ministère de l’Économie et du Budget. L’accélération de cette procédure apparaît ainsi déterminante pour éviter une dégradation supplémentaire de la situation.
Au-delà de cette créance, l’affaire soulève une interrogation fondamentale sur la cohérence de la politique de soutien à l’industrie pharmaceutique nationale. Comment exiger des entreprises locales qu’elles contribuent à la souveraineté sanitaire du pays si les commandes publiques qu’elles exécutent ne sont pas réglées dans des délais raisonnables ? La volonté de produire localement ne peut se limiter aux déclarations d’intention : elle suppose un accompagnement financier effectif et une administration capable de transformer les orientations présidentielles en résultats tangibles.
Sauver cette usine, c’est préserver des emplois, valoriser un investissement national et consolider une filière essentielle à l’indépendance sanitaire du Gabon. Le règlement de la dette n’est donc plus une simple formalité administrative, c’est une urgence économique et sociale. Car la souveraineté pharmaceutique ne se décrète pas ; elle se construit aussi par la capacité de l’État à honorer ses propres engagements.
Edouard Dure
