Deux mois après les instructions fermes du président Brice Clotaire Oligui Nguema, La Santé Pharmaceutique reste engluée dans la crise. Les réunions se sont multipliées, les promesses aussi. Mais l’activité ne repart pas. Entre stocks menacés par la péremption, salariés au chômage technique et outil industriel à l’arrêt, l’unique usine gabonaise de fabrication de médicaments donne aujourd’hui le visage d’une souveraineté sanitaire en panne.
Le constat est difficile à ignorer. Alors que le Gabon cherche à réduire sa dépendance aux importations pharmaceutiques, son propre outil de production peine à sortir de l’ornière.
La situation avait pourtant été portée au plus haut niveau de l’État. Face aux difficultés de La Santé Pharmaceutique, le chef de l’État avait réuni les principaux acteurs de la chaîne du médicament et demandé des mesures rapides pour remettre l’entreprise sur les rails.
Depuis, le temps passe. Les réunions se succèdent. Les responsables visitent l’usine. Les intentions sont affichées. Mais la machine, elle, ne redémarre pas.
Près de 80 Gabonais restent en chômage technique. Des stocks de médicaments sont exposés au risque de péremption. Et l’outil industriel, privé d’activité régulière, se dégrade à mesure que l’attente s’installe.
Le paradoxe est d’autant plus saisissant que le pays connaît régulièrement des tensions dans l’approvisionnement en médicaments essentiels. Comment expliquer, dans ces conditions, qu’une structure capable d’en produire localement demeure au ralenti ?
La question renvoie directement à l’efficacité de la chaîne de décision. Après les instructions présidentielles, le relais devait être assuré par les administrations et organismes compétents. Le ministère de la Santé, comme l’Office pharmaceutique national, se retrouvent ainsi face à une exigence simple, transformer les orientations politiques en mesures opérationnelles.
Produire localement permet de sécuriser une partie de l’approvisionnement, de limiter certaines dépendances extérieures et de valoriser un savoir-faire industriel national.
Les interrogations se multiplient également sur les intérêts qui pourraient peser sur le marché pharmaceutique. Certains observateurs dénoncent l’existence de pratiques ou de réseaux susceptibles de favoriser les produits importés au détriment de la production locale. Ces accusations, qui doivent être documentées, méritent néanmoins que les autorités compétentes apportent des réponses claires.
Car l’enjeu n’est plus seulement économique. Il est social, industriel et sanitaire.
Ethan De Sillon
