À Plaine Ayémé, le soleil devient un nouvel allié de la politique énergétique gabonaise. La première phase de la centrale solaire de SOLEN, réceptionnée samedi, vient renforcer les capacités de production du Grand Libreville. Mais derrière cette infrastructure se dessine une ambition plus stratégique, sécuriser l’approvisionnement, diversifier le mix énergétique et faire de l’électricité un levier de compétitivité pour l’économie gabonaise.
À une trentaine de kilomètres de Libreville, le paysage change. Sur 105 hectares, des milliers de panneaux solaires captent désormais une ressource abondante et jusque-là encore peu exploitée à cette échelle. La première phase de la centrale de Plaine Ayémé développe 30 MW en courant alternatif et 44 MW en courant continu. Elle est complétée par un dispositif de stockage de 8 MWh par batteries.
Réceptionnée par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, en présence du ministre du Commerce extérieur des Émirats arabes unis et du ministre gabonais chargé de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, l’infrastructure traduit la volonté de donner un nouvel élan au système électrique du Grand Libreville.
Car l’enjeu est d’abord économique. Dans une capitale qui concentre une grande partie des activités du pays, l’électricité ne peut plus être considérée comme une simple question technique. Elle conditionne la production, l’investissement et la continuité des activités. Dès lors, chaque capacité nouvelle constitue aussi un signal envoyé aux entreprises et aux investisseurs.
Le choix du solaire répond à cette nécessité. En élargissant ses sources de production, le Gabon cherche à construire un système énergétique plus équilibré et moins exposé aux tensions qui peuvent fragiliser l’approvisionnement. Le renouvelable devient ainsi un instrument de résilience autant qu’un choix de transition.
« Notre centrale aujourd’hui permettra d’augmenter de manière significative les capacités de production disponibles dans la région de Libreville, tout en introduisant davantage d’énergies renouvelables et propres », a souligné Philippe Tonangoye, ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie.
Ensuite, il y a la question des moyens. Réalisé dans le cadre d’un partenariat public-privé, le projet représente un investissement global de 150 millions d’euros, soit près de 99 milliards de francs CFA. Un engagement financier qui illustre également la place croissante des partenariats dans le financement des infrastructures stratégiques.
À terme, Plaine Ayémé doit atteindre 120 MW et permettre de desservir quelque 45 000 foyers. Une montée en puissance qui pourrait installer le site parmi les projets solaires les plus importants d’Afrique centrale.
Pour autant, l’essentiel reste à venir. Car une centrale, aussi imposante soit-elle, ne se mesure pas seulement à la puissance affichée. Son véritable impact dépendra de son intégration au réseau, de la qualité de la distribution et de sa capacité à répondre durablement à la demande.
SOLEN entend d’ailleurs poursuivre l’aventure. « Cette première phase représente à la fois un accomplissement et le socle d’une ambition plus large », a déclaré Igor Simard, représentant du groupe.
Ainsi, Plaine Ayémé ne se contente pas d’ajouter des mégawatts au réseau. Elle esquisse une nouvelle conception de la politique énergétique gabonaise. Produire davantage, certes, mais surtout produire autrement.
Ethan De Sillon
