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SEEG : sans langue de bois, Oligui Nguema échange avec les agents

Par-delà les discours officiels, c’est parfois une rencontre qui révèle le véritable sens d’une réforme. Ce Lundi 29 juin, au Centre de formation Jean Violas de Libreville, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a quitté les salons du pouvoir pour écouter, pendant près de trois heures, ceux qui vivent chaque jour les difficultés de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Un échange rare, sans filtre, qui intervient au moment où l’entreprise publique s’apprête à connaître la plus profonde transformation de son histoire.

L’atmosphère est sobre. Les agents prennent place. Les regards sont attentifs. Depuis plusieurs jours, cette rencontre est attendue. Elle n’est pas née d’un protocole gouvernemental, mais d’une demande des salariés eux-mêmes. Quelques jours auparavant, le Syndicat des travailleurs de l’eau et de l’énergie (SYNTEE+) avait lancé un appel public au chef de l’État, sollicitant un dialogue sans la hiérarchie, direct, loin des procédures administratives habituelles.

Le président répond favorablement. Le symbole est fort. Car au-delà de la simple rencontre, c’est une méthode qui s’affirme, écouter avant d’agir.

Très vite, les échanges prennent une tournure concrète. Les langues se délient. Les agents décrivent une entreprise confrontée à des difficultés accumulées depuis plusieurs années. Les problèmes techniques côtoient les insuffisances organisationnelles. Les infrastructures vieillissantes se mêlent aux contraintes financières. Les besoins de modernisation apparaissent immenses.

Mais les constats ne s’arrêtent pas là. Dans un exercice d’une rare franchise, plusieurs employés reconnaissent également que certaines pratiques internes ont contribué à affaiblir l’entreprise. Les responsabilités sont partagées. Personne ne cherche à éluder les réalités.

Au fil des interventions, une évidence s’impose. Le principal chantier n’est pas seulement technique. Il est avant tout celui de la gouvernance. La fraude, devenue un véritable fléau, illustre cette crise. Son impact est considérable. Chaque année, elle priverait la SEEG de 30 à 40 milliards de francs CFA. Des ressources qui auraient pu financer l’entretien des réseaux, renforcer les investissements ou améliorer la qualité du service rendu aux populations.

Dans ce contexte, la réforme engagée par les autorités prend une dimension particulière. Quelques jours auparavant, le Conseil des ministres du 25 juin 2026 avait officiellement acté la scission de la SEEG en deux entreprises autonomes. L’une, La Gabonaise des Eaux, sera exclusivement consacrée à la production et à la distribution d’eau potable. L’autre, Électricité du Gabon, aura pour mission de développer les infrastructures électriques et d’accompagner la transition énergétique nationale.

Cette décision prolonge l’annonce faite le 15 juin dernier par le chef de l’État lors de son discours sur l’état de la Nation devant le Parlement réuni en Congrès.

L’année 2026 sera celle de la transition. Audit général, répartition des actifs, transfert des personnels, réorganisation administrative, un vaste chantier est désormais lancé avant l’entrée en service des deux nouvelles sociétés prévue en 2027.

Revenons donc à l’essentiel. Face aux agents, Brice Clotaire Oligui Nguema ne promet ni miracle ni solution immédiate. Son message est direct. Une réforme ne peut réussir sans discipline. Elle ne peut produire des résultats sans responsabilité. Elle ne peut restaurer la confiance sans une gouvernance irréprochable.

Le président insiste sur la nécessité d’une culture de la redevabilité, de la transparence et du sens du service public. Derrière ces mots se dessine une ligne rouge. Les pratiques qui ont fragilisé la SEEG ne devront plus trouver leur place dans les futures entreprises.

Le message est également adressé aux usagers .Pour le chef de l’État, l’eau et l’électricité dépassent largement le cadre d’un simple service administratif. Elles conditionnent le fonctionnement des hôpitaux, des écoles, des entreprises et des administrations. Elles influencent directement la santé publique, la croissance économique et les conditions de vie des familles.

À l’issue de la rencontre, les agents affichent leur volonté d’accompagner cette nouvelle étape. Ils s’engagent à participer au redressement de l’entreprise et à faire de cette transformation une réussite collective.

La visite présidentielle des ateliers du Centre Jean Violas vient conclure cette journée. Le chef de l’État découvre les équipements, échange avec les techniciens et mesure le potentiel de ce centre appelé à devenir un levier essentiel dans la formation des futurs métiers de l’eau et de l’électricité.

Edouard Dure

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