L’entretien du mois avec Francis Jean Jacques Evouna!

L’entretien du mois avec Francis Jean Jacques Evouna!

Politique budgétaire: son sens ses objectifs, agences de cotations, idéologie nationaliste. ce qu’il faut retenir de l’entretien de Francis Jean Jacques Evouna, Président du Conseil Gabonais du Patronat « CGP » à  » ginews  » 

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Monsieur le Président bonjour ! Tout le monde entend parler de la Politique budgétaire, c’est quoi exactement et quels sont ses objectifs surtout en période de crise comme nous le vivons actuellement dans notre pays ? Bonjour monssieur le journaliste ! Il est vrai que le débat économique a ses particularités, c’est que tout le monde se sent le droit d’y prendre part. Souvent l’on se moque des économistes, ils sont en réalité jalousé dans la mesure ou chacun est convaincu d’avoir une opinion sur sa matière, une opinion qu’on aimerait au mieux lui faire partager, au pire lui imposer. Pour légitimer l’économie et essayer de la rendre incontestable, les économistes, conscients du problème que pose la reconnaissance de leur savoir, ont essayé de procéder de  façon scientifique. Ils se sont référés dans leur méthode aux sciences exactes, d’abord aux mathématiques puis à la physique. Il faut simplement retenir  que l’économiste considère que son rôle est de concevoir les politiques qui améliorent la situation globale de la population  car la science économique est au service du bien être social. Venant donc à la question posée, la politique budgétaire consiste à moduler les dépenses et les recettes de l’Etat dans le sens des objectifs qu’il s’est fixé. Une politique budgétaire peut être « expansionniste » et favoriser la croissance : dans ce cas on accepte de creuser des déficits que la croissance devrait combler automatiquement. Sinon on opte pour une politique « de rigueur » pour éviter l’inflation et combler les déficits. Ce qu’il faut essentiellement comprendre ici c’est que la fiscalité est au cœur de la politique budgétaire, c’est elle qui répartit les efforts à fournir. Il est important de savoir que la politique budgétaire vise à atténuer les cycles en s’appuyant sur le budget de l’Etat pour relancer ou freiner l’activité économique. L’on parle aussi de déficit budgétaire et  l’excédent, de quoi s’agit-il pour le profane ? Pour parler simplement, l’on parle de déficit budgétaire quand un Etat dépense plus qu’il ne collecte d’impôt et d’excédent lorsque les recettes fiscales excèdent les dépenses. En période de crise, le chômage augmente, les aides sociales aussi, tandis qu’au même moment les recettes fiscales chutent et l’activité économique baisse. La conséquence en est que le budget se transforme en déficit. A l’inverse, en période d’expansion, les recettes fiscales sont élevées tandis que l’ensemble des aides sociales reste bas, ce qui engendre un excédent. Il faut vous dire aussi que la part de déficit causée par le cycle économique s’appelle un « déficit cyclique ». Sur la durée du cycle, de tels déficits devraient être compensés par les excédents. Le déficit structurel, quant à lui, est la part du déficit qui échappe aux facteurs cycliques. Il peut survenir si l’Etat investit dans les infrastructures que l’impôt ne finance pas. A ce sujet, les économistes ont des points de vue divergents sur la question du budget. Certains pensent que les déficits sont un moyen utile de régler avec précision l’économie, alors que d’autres sont préoccupés par la dette qui s’accumule à cause des déficits continus. Le commun des Gabonais entend parler des agences de notation, qu’en est-il exactement et quel est leur rôle ? Je pense que votre question sur les agences de notation vient du fait que notre pays a vu sa note baissée par l’Agence Fitch  B+AB car englué dans la spirale de l’endettement. Je voudrais vous dire que les agences de notation sont des entreprises privées chargées d’évaluer le risque lié à la souscription d’un emprunt privé ou public. Elles portent donc un jugement de qualité d’une dette, et notamment sur la capacité du débiteur à la rembourser. Ces agences sont aussi, depuis la crise de 2007, au cœur de plusieurs controverses. Elles existent depuis les années vingt et sont très nombreuses. Mais trois d’entre elles se sont imposées et dominent à près de 85 pour cent du marché mondial de la notation il s’agit de : Moody’s, Standard § Poor’s(S§P) et Fich. Normalement les notations des agences sont effectuées à la demande des émetteurs d’emprunt et à leurs frais. Sous la pression des banques qui dans le passé leur proposaient des taux plus intéressants, elles se soumettent en ce qui concerne la  notation des dettes publiques, elles réalisent cette notation sans la demande des Etats. les notes vont de AAA (triple A), pour les titres plus surs,  à D, défaut de paiement constaté ou imminent. Évidement chaque agence a sa formule de notation. Il faut dire que la notation des dettes souveraines des Etats n’est pas seulement technique ; elle comporte inévitablement un jugement des politiques menées et elle a pour conséquence directe sur les taux d’intérêt que les pays doivent payer. Les difficultés des pays sont ainsi aggravées. Le résultat est que les agences de notation ont un impact procyclique :  quand tout va bien, elles peuvent alimenter un optimisme exagéré, quand par contre les choses vont mal comme c’est le cas pour notre pays aujourd’hui, elles peuvent dramatiser ultérieurement la situation. Pour me résumer, les agences de notation sont chargées de juger de la capacité des emprunteurs à rembourser leurs dettes. Une mauvaise notation provoque une augmentation du taux d’intérêt et donc le coût de l’emprunt. Le fait qu’elles puissent noter les Etats pose le problème de leur légitimité malgré tout. Ma réponse est certainement longue mais cela permet aux uns et autres de comprendre de quoi il est question concernant les agences de notation. Notre pays est confronté en réalité à une triple impasse négative. Stratégiquement : il n’est plus véritablement maître du destin des champions nationaux que sont  les entreprises nationales. Financièrement ses comptes sont délabrés lui compromettant de préparer l’avenir malgré la mise en place du Plan de relance Economique que soutient le FMI. Intellectuellement : il ne perçoit pas son impuissance et sa perte de souveraineté économique. Comment peut-on trancher ce nœud gordien, est-ce par le recours aux solutions du marché ? Votre question est fondamentale elle résume bien la situation peu reluisante que traverse le  Gabon dans tous les domaines. Je voudrais vous rappeler que face aux défis historiques du moment : la révolution numérique, le réchauffement climatique, les incertitudes géopolitiques etc. Nous devons lancer la grande transformation de notre pays. Je reste convaincu que le Gabon doit se transformer en profondeur pour rester lié au fil du progrès. Depuis trop d’année, les projets de reforme sonnent comme des promesses avortées. Depuis près de deux décennies, plusieurs  annonces de reforme ont été faites sans pouvoir recueillir les fruits, ni en voir le sens. L’on nous dit que beaucoup a été fait, mais toujours par le haut, on reforme dans l’opacité, négligeant le débat de fond, la transparence de leurs choix,  il n’y a aucune politique publique qui ait véritablement été évaluée. Pour rétablir la confiance de nos concitoyens vis à vis des décisions et des décideurs politiques, et restaurer le gout de l’avenir, il est urgent de renouer avec le véritable esprit de réforme. Comment ? En avançant méthodiquement, en quatre temps. Il faut premièrement : qu’il y ait un  diagnostic à la racine de toute réforme, réformer dans le bon sens, à partir du terrain, de la réalité et des aspirations profondes des concitoyens. C’est la méthode pour la loi de la croissance, l’activité et l’égalité des chances économique. Il faut  faire le bilan de l’état du pays, il faut  inventorier les difficultés pour proposer des solutions qui s’appliquent aux vrais problèmes tels qu’ils sont vécus par les Gabonais et donc pour pouvoir agir réellement. Deuxio, il faut une large concertation pour bâtir une reforme ambitieuse autour d’un débat ouvert. Il est fini le temps ou l’Etat colbertiste réformait seul et d’en haut. Il faut donc écouter d’urgence les premiers concernés par la réforme, souvent laissé de coté. Il faut ouvrir les porte du débat, les interroger directement, s’enquérir de leurs préoccupations et de leurs besoins, leur demander d’identifier de ce qui marche et de ce qui ne marche pas dans leur quotidien. Il faut proposer de dépasser l’opposition  binaire entre le marché et l’Etat. Tertio, la mise en application. L’Etat a ici un rôle décisif à jouer. Pour réussir à transformer notre pays, l’Etat doit commencer par se transformer lui-même. La puissance publique fait aujourd’hui l’objet d’une appréciation paradoxale. Dans la période de doute et de bouleversements que nous traversons, les Gabonais expriment une vraie demande d’intervention de l’Etat, notamment dans la sphère régalienne. Et dans le même temps ;   beaucoup sont ceux qui dénoncent les blocages administratifs, la lenteur relative de la puissance publique, contre sa présence parfois trop invasive. Ma conviction profonde est que la puissance publique est encore fondée à intervenir, notamment pour protéger légitimement face aux risques ou attaques déloyales, pour réduire les inégalités, pour lutter contre les injustices. Enfin quatrièmement, il faut s’assurer de l’efficacité des politiques publiques. Les responsables politiques ont trop tendance à penser qu’une réforme est achevée une fois elle est mise en œuvre. C’est une erreur ! Une reforme n’est aboutie qu’à l’instant ou l’on s’est assuré qu’elle atteignait véritablement les objectifs visés. Aussi, je voudrais vous partager mon point de vue personnel sur le plan de  plan de relance économique (PRE) que soutient le FMI, je n’y crois pas trop car il n’est pas  attaché à un véritable budget de relance qui tient compte de tous les paramètres  relatifs à la situation globale de notre économie. Que pensez-vous de l’idéologie nationaliste,  Cela n’appelle t-il pas a mieux comprendre pour certain ce que c’est qu’une nation avec ces caractères de nationalismes ? Votre question est véritablement très politique, elle est actuelle au regard des réactions très critiques des élites africains aujourd’hui sur le constat qu’ils font de la conception du colonialisme et du sens non-autoritaire mais révolutionnaire du nationalisme. Je vais essayer d’y apporter une réponse. Il faut aller chercher notre compréhension dans le terme nationalisme qui autrefois était considéré comme néologisme dans le dictionnaire Larousse de 1884. C’est un concept récent l’on peut pensée car il est  apparu à la fin du XVIIIe siècle en France. Il ne  s’est développé qu’à la fin du XIXe siècle en Europe, avant de devenir un phénomène mondiale vers le milieu du XXe siècle. Ce concept d’apparence facile puisque directement bâti à partir de l’idée de nation, en réalité  s’avère très complexe, et il nécessite d’autant plus être précisé que ses implications idéologiques ont considérablement évolué depuis sa naissance. Sur les différentes formes qu’il a pu revêtir successivement en France, en Allemagne et dans les pays du tiers-monde. Le nationalisme est défini comme lié à la liberté et à la démocratie ; il s’oppose à la xénophobie car l’amour de la patrie est la condition de l’amour de l’humanité, donc des autres nations. Le nationalisme est populaire, c’est un instrument de paix et de rapprochement. Il est unificateur et pousse à la formation des Etats –nations, qui est un des mouvements majeurs de l’Europe de la seconde moitié du XIXe siècle. www.spyappsinsider.com/. L’on peut donc parler de patriotisme dans ce cas. L’idéologie nationaliste est un système de pensée dans lequel la nation occupe la place prépondérante. Le sentiment national transcende les volontés particulières ;  l’individu doit se soumettre à la nation, et toute politique doit être définie en fonction des intérêts de la nation. Le  nationalisme s’oppose à l’individualisme comme à l’internationalisme : la nation est la réalité première et le finalité suprême. Vous voulez également que je dise un mot sur ce qu’est une nation. J’aime me référer de la conférence célèbre prononcée en 1882, Ernest RENAN pose la question ; en réponse, il développe une conception spiritualiste et volontariste. Pour lui, « une  nation est une âme, un principe spirituel », elle est fondée sur « la possession en commun d’un riche legs de souvenirs », mais elle s’affirme surtout par «  la volonté de vivre ensemble même si cette vision n’est pas unanimement partagée. Le phénomène nationaliste est donc ambigu : tout dépend sur quels éléments insistent ses instigateur, et donc sur quels fondements est bâtie la nation qui en émane. Il peut s’affirmer révolutionnaire dans les pays du tiers-monde quand l’élément moteur de la lutte anticolonialiste, ou se révéler réactionnaire quand il prétend imposer le retour à un ordre ancien jugé plus conforme aux réalités nationales. Il est par nature autoritaire car il sacrifie l’individu à un concept abstrait qui le dépasse et auquel il est subordonné. Il peut donner lieu à des dérives autoritaires avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer : le racisme par son exaltation, développer le sentiment communautaire au sein de la nation, la volonté d’exclusion de tous ceux qui n’appartiennent pas à la communauté nationale. Enfin la mystique de la nation engendre facilement la mystique du chef ; l’une comme  l’autre reposent sur des valeurs irrationnelles qui sont à l’opposé des valeurs démocratique. C’est pourquoi l’idéologie nationaliste – même si elle ne débouche pas obligatoirement sur la mise en place d’un régime autoritaire – comporte une vision autoritaire des rapports de l’homme à la société et se traduit par des pratiques autoritaires y compris quand elle s’exprime au sein d’un système démocratique. Monsieur le Président ! Votre mot de fin. S. E Monsieur le Président de la République Française  Emmanuel MACRON, à l’époque  Ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique avait dit : « La refondation de la France ne se fera pas en un texte de loi, ni en un jour. Elle passe par la mobilisation de tous, dans la durée. Les Francis sont prêts. Ils ne demandent qu’à avancer. Il nous revient, responsables politiques, de pousser un cap pour entraîner le pays tout entier. Le progrès n’a de réalité que s’il est porté et partagé par tous. Je partage cette vision et je souhaite que nous la transposions au Gabon dès lors tous les mécanismes politiques, économiques, sociaux et autres que nous maîtrisons une devons avoir une prise de conscience générale pour sortir notre pays des lendemains incertains. Il nous faut plus de marché pour plus d’Etat. L’élargissement de la place du marché améliorera le bien-être collectif et renforcera l’autorité de l’Etat. Il le confortera dans son rôle de garant de la cohésion sociale et de maître d’œuvre du récit national, tout en lui restituant des manœuvres financières. Le marché est une technique efficace, mais il n’a nullement vocation à constituer un projet de société. La rédaction

 

 

 

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