À Makokou, Brice Clotaire Oligui Nguema a donné à la troisième Fête de la Libération une portée qui dépasse la seule commémoration du 30 août 2023. Dans un discours à la fois politique et social, le chef de l’État a posé les contours d’une nouvelle lecture de cet événement fondateur. La liberté, a-t-il en substance rappelé, ne saurait être pleinement accomplie sans justice sociale. Et celle-ci ne peut s’inscrire dans la durée sans responsabilité. Trois exigences qui se rejoignent dans une même ambition, transformer l’État pour améliorer concrètement la vie des Gabonais.
Trois ans après le basculement du 30 août 2023, le président de la République entend inscrire la Libération dans le temps long. Elle ne doit pas rester un épisode figé de l’histoire nationale. Elle doit devenir une dynamique capable de produire des changements perceptibles dans le quotidien. Libérer le pays, dans cette nouvelle épisode, signifie aussi libérer les énergies, corriger les déséquilibres, restaurer la dignité et réduire les inégalités.
C’est dans cette perspective que la justice sociale apparaît comme l’un des prolongements majeurs de la Libération. La transformation engagée ne prend son véritable sens que lorsqu’elle atteint les citoyens dans leur vie quotidienne. Accès aux soins, à l’eau, à l’éducation, à l’emploi, aux services publics, au financement et aux infrastructures. La liberté politique trouve ainsi son prolongement naturel dans une exigence plus concrète, permettre à chacun de vivre mieux au sein d’une République plus protectrice et plus équitable.
Cette ambition repose toutefois sur une condition essentielle, la responsabilité. Le chef de l’État défend une République soumise aux mêmes règles pour tous, où les fonctions et les statuts ne sauraient constituer des privilèges. L’égalité devant la loi doit demeurer le socle de l’action publique. Dans le même mouvement, l’administration est appelée à davantage de transparence et de redevabilité, tant dans l’utilisation des ressources que dans la qualité du service rendu aux citoyens.
Cette exigence n’exclut pas le dialogue social. Elle en définit plutôt le cadre. Le président réaffirme la place des droits syndicaux et du droit de grève, tout en rappelant la nécessité de préserver la continuité des services essentiels. L’enjeu est donc de concilier les droits des travailleurs avec l’intérêt général. Réformer suppose d’écouter et de négocier ; gouverner implique aussi de trancher lorsque l’intérêt collectif l’exige.
La santé constitue, à cet égard, l’un des marqueurs les plus concrets de cette orientation. Les 44 milliards de FCFA annoncés pour renforcer le plateau technique, les 6 milliards destinés à la réouverture des restaurants hospitaliers et les 5 milliards supplémentaires prévus pour les prestations de la CNAMGS traduisent une volonté de renforcer la protection sanitaire. Au-delà des montants, l’objectif est de réduire les inégalités d’accès aux soins et de faire en sorte que la qualité de la prise en charge ne dépende pas du lieu de résidence ou de la condition sociale.
La réforme de la Fonction publique s’inscrit dans la même logique. L’audit engagé, la réflexion sur les carrières et la volonté de mieux reconnaître le mérite traduisent une volonté de réhabiliter l’équité au sein de l’appareil d’État. Le travail, la compétence et l’engagement doivent progressivement retrouver leur juste place dans la progression professionnelle.
La jeunesse et l’entrepreneuriat complètent cette architecture. À travers la BCEG, l’exécutif entend faciliter l’accès au financement et élargir les perspectives offertes à ceux qui souhaitent créer leur activité. L’État peut ouvrir des portes et créer un environnement favorable ; il appartient ensuite aux entrepreneurs de transformer ces possibilités en projets, en emplois et en valeur pour l’économie nationale.
Le choix de Makokou donne enfin à cette vision une dimension territoriale. En Ogooué-Ivindo, les infrastructures inaugurées, établissements scolaires, équipements administratifs, marché, banque, logements, ouvrages hydrauliques et voiries, illustrent une volonté de rapprocher les services essentiels des populations. L’enjeu dépasse donc la construction d’équipements, il s’agit aussi de réduire les fractures territoriales et de faire de l’équité entre les provinces une composante de la politique nationale.
Le fil conducteur du discours présidentiel apparaît alors avec clarté. La Libération fixe un cap historique ; la justice sociale lui donne une traduction concrète ; la responsabilité en constitue la garantie. Le 30 août ne serait ainsi plus seulement la date d’une rupture politique, mais le point de départ d’une transformation appelée à se mesurer dans les réalités du quotidien.
Ethan De Sillon
