À Port-Gentil, le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, entend donner une traduction concrète à l’ambition de transformation de l’économie gabonaise. Le lancement, ce 17 septembre, de la première production des Aciéries du Gabon, portée par FOBERD, s’inscrit dans cette dynamique.
Plus qu’une nouvelle unité industrielle, le projet illustre la volonté des pouvoirs publics de faire évoluer le modèle économique du pays, ne plus seulement extraire les ressources, mais en transformer davantage sur place pour en retenir une plus grande part de la valeur.
Derrière cette initiative se dessine une ambition plus large, réduire certaines dépendances extérieures, renforcer les capacités productives nationales et faire émerger de nouvelles chaînes de valeur au service de la diversification économique.
Avec les Aciéries du Gabon, cette orientation prend une forme concrète à travers la transformation locale des rebuts ferreux en produits sidérurgiques destinés notamment au secteur de la construction.

Le principe est simple. Donner une seconde vie à la ferraille. Collectés et triés, les rebuts sont introduits dans les fours de l’usine, où ils sont portés à très haute température avant d’être fondus et transformés en produits sidérurgiques, notamment en barres destinées au marché du bâtiment. Un matériau jusque-là considéré comme un déchet devient ainsi une matière première, puis un produit industriel à valeur ajoutée.
L’enjeu dépasse toutefois la seule production d’acier. Autour de l’usine, c’est tout un écosystème qui peut progressivement se structurer. Collecte, tri, transport, logistique, maintenance, stockage, distribution et commercialisation. Cette dynamique est susceptible de favoriser l’émergence de PME spécialisées, de renforcer la sous-traitance et d’accélérer la montée en compétences des acteurs nationaux.
L’objectif est également de consolider l’approvisionnement du marché intérieur. Produire localement une partie des matériaux nécessaires au bâtiment et aux infrastructures peut contribuer à limiter certaines importations et à renforcer la capacité du pays à satisfaire sa propre demande. Cette base productive pourrait ensuite servir de point d’appui à la conquête de débouchés régionaux.
À Port-Gentil, l’implantation des Aciéries du Gabon prend une résonance particulière. Capitale économique historiquement structurée autour de l’industrie pétrolière, la ville voit son paysage productif s’élargir avec l’arrivée d’une activité susceptible de créer de nouvelles connexions entre industrie, transport, logistique, services et sous-traitance.
La perspective régionale constitue un autre enjeu. En Afrique centrale, l’urbanisation et le développement des infrastructures soutiennent une demande croissante en matériaux de construction. Une production sidérurgique compétitive pourrait permettre au Gabon d’explorer de nouveaux marchés dans son environnement régional. Cette ambition reposera toutefois sur des conditions précises. Volumes de production, qualité, coûts, fiabilité logistique et capacité à s’intégrer durablement aux circuits commerciaux de la région.
À travers cette initiative, l’ambition affichée est de faire de l’industrie un levier durable de création de richesse au Gabon. Il s’agit de faire en sorte que la valeur générée par cette activité irrigue plus largement l’économie nationale, à travers l’emploi, la sous-traitance, les compétences et les opportunités offertes aux entreprises locales.
Dans la capitale économique, la ferraille change ainsi de destin. D’un matériau délaissé, elle devient une ressource industrielle ; de cette ressource naît un produit ; et autour de ce produit peut se construire tout un écosystème économique. C’est là que se situe la portée de cette nouvelle étape. Au-delà de l’acier, les Aciéries du Gabon ouvrent une réflexion plus vaste sur la capacité du pays à transformer davantage, produire localement et retenir une part croissante de la valeur créée sur son territoire.
Jean 1er
