Le dossier du monument Georges Damas Aleka prend une nouvelle tournure judiciaire. Éric Mauro Nguema, architecte chargé du projet de l’Esplanade et du Monument Georges Damas Aleka à Libreville, a été placé sous mandat de dépôt après son passage devant les services de la justice gabonaise, ce 14 août 2026.
L’interpellation intervient dans un contexte marqué par les retards considérables enregistrés sur ce chantier emblématique, dont le coût dépasse 8,5 milliards de francs CFA.
Le projet devait traduire dans la pierre l’hommage de la République à Georges Damas Aleka, auteur des paroles et de la musique de La Concorde, l’hymne national gabonais. Il devait également donner un nouveau visage à l’espace situé face à la place de l’Indépendance, côté mer.
Pourtant, au fil des mois, le chantier s’est enlisé. Les échéances se sont succédé sans que l’ouvrage atteigne le niveau d’avancement attendu. Selon les éléments rapportés sur le dossier, plus de deux années de retard se seraient accumulées.
Le point de rupture intervient au sommet de l’État. En début d’année 2025, le président Brice Clotaire Oligui Nguema aurait reçu l’architecte au Palais de la Présidence afin d’évoquer directement les difficultés du chantier.
À cette étape, les interrogations portent déjà sur l’état d’avancement des travaux et sur la consommation du budget prévu. Une nouvelle enveloppe aurait alors été mobilisée pour permettre l’achèvement du projet. Mais la situation ne s’améliore pas suffisamment.
En juin 2026, lors d’une visite sur le site, le chef de l’État constate lui-même que le monument est encore loin d’être livré. Selon les éléments communiqués autour du dossier, les financements destinés aux travaux auraient pourtant été décaissés dans leur totalité.
L’écart entre les sommes engagées et l’état réel du chantier devient alors difficile à ignorer. Face aux caméras, le président de la République demande publiquement à l’architecte d’achever l’ouvrage. Le ton change. La patience présidentielle semble avoir atteint ses limites.
Le 29 juillet, Éric Mauro Nguema est convoqué à la Direction générale des recherches (DGR). Il doit s’expliquer sur la conduite du chantier et sur la gestion des fonds qui lui ont été confiés.
Après plusieurs jours d’audition à la DGR, puis plusieurs heures devant le tribunal, l’architecte a été placé sous mandat de dépôt. Cette décision judiciaire ouvre désormais une nouvelle séquence, au cours de laquelle devront être établies avec précision les responsabilités de chacun, les conditions d’exécution du marché ainsi que l’utilisation exacte des ressources mobilisées par l’État.
Il appartient désormais à la justice de déterminer les éventuelles infractions et d’en établir les responsabilités.
Au-delà du cas personnel de l’architecte, cette affaire pose une question plus large : celle de la rigueur dans l’exécution des grands projets publics.
Un monument national ne peut être seulement une promesse architecturale. Il engage l’image de l’État, la mémoire collective et l’argent public.
Le dossier du monument Georges Damas Aleka devient ainsi un test. Celui de la capacité des pouvoirs publics à transformer les annonces en réalisations concrètes, tout en exigeant des comptes sur chaque franc engagé.
Pour Éric Mauro Nguema, le temps du chantier est désormais rattrapé par celui de la justice. Et, dans cette affaire, une seule exigence demeure : que toute la lumière soit faite.
Edouard Dure
